VOYAGEURS
20S
Un jour le roi , arrivant à Berlin , nousfit appeler M. Mérian et moi, et ne manqua
savant de Le Kain atteste un goût très juste, une impar-tialité rare, surtout chez les grands, et une heureuse déli-catesse de sensations. Peu de temps après, un autre acteurne recueillit que des signes de l’humeur railleuse du mo-narque. Aufresne, doué de talents, d’intelligence et d’uneimagination entreprenante, prétendit ouvrir une routenouvelle à l’art de l’acteur dramatique. Il se proposad’en bannir l’enflure , et de lui substituer la simplicité.Sans discuter si ce système, qui ramenait au naturel,n’effaçait pas trop les traces de la noblesse ; si, en le sui-vant , le sublime tragique ne brillerait plus que d’un éclatpassager; si enlin le drame ne semblerait pas le réclamerde préférence, bornons-nous à dire qu’Aufresne obtintun très brillant succès. Les appla udissements passionnésdu public devinrent des outrages pour les autres acteurs.La haine et la jalousie persécutèrent l’audacieux nova-teur. Forcé de descendre du théâtre de Paris , il vouluts'éloigner de la France . Catherine et Frédéric lui adres-sèrent leurs envoyés. Pétersbourg et Berlin lui offrirentà l’envi un asile; mais l’économie de la cour de Prusse neput soutenir la concurrence avec la prodigalité de cellede Russie . Aufresne se mit en route, et, traversant lesétats du plus grand homme du siècle, ne put résister audésir de le voir, de l’admirer et de s’en faire applaudir.
Frédéric se trouvait à Potsdam ; il accéda volontiers àla demande d’Aufresne, de lui payer son tribut d’hom-mage. Il n’épargna ni les prévenances, ni même les ca-
\