A LA COUR DE R K R LIN. 5 2 l
Jè n’ai plus à parler ici que d’un Anglais ,M. Minette, propriétaire des paquebots deDouvres, qui lui valaient près de vingt millelivres sterling par an. Cet homme, laissantune partie de ses revenus à ses neveux, qui,sur les lieux, faisaient valoir le fonds, vivaitdepuis très long-temps à Berlin , où il s’étaitfixé autant par caprice que par circonstance.C’était un Anglais original et de la grosse es-pèce : il avait trois belles maisons à Berlin ,et dans chacune un appartement qu’il se ré-servait. Il allait, selon sa fantaisie, déjeunerdans l’une, dîner dans la seconde, et coucherdans la troisième. Quelques vieilles connais-sances lui faisaient la cour ; et ce vieux bate-lier, dur, grossier, et insolent comme les gensde son état qui ont fait fortune, avait besoinqu’on lui fît la cour. Il y avait surtout unvieux militaire, major de la place, qui, n’ayantque sa solde, était fort assidu à venir dîneravec lui. Après le dîner, M. Minette faisaitune partie d’échecs, jeu qu’il jouait avec bienplus d’amour-propre que d’intelligence. Quandle pauvre major avait la complaisance de per-dre, il était traité d’âme basseet vile qui vou-lait plaire; et quand il gagnait, il était accablé
III.
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