AMIS UE FREDERIC:
*44
en effet, si l’on examine bien dans quelles dis-positions ils se sont rapprochés, on verra qu’ilsn’ont pensé qu’à se tromper mutuellement, enfeignant des sentiments qu’ils n’avaient plus,du moins au même degré : c’était donc à quiserait le plus habile à én imposer ; épreuvepeu loyale de part et d’autre, et très déplacéechez Voltaire. Ainsi chacun d’eux s’était dit :« .Te recueillerai seul les fruits de l’amitié, et» je n’en donnerai que les fleurs. » Ils mécon-naissaient tous deux que, dans ce genre d’é-change , les fleurs ne sont qu’artificielles, ino-dores, et trop tôt fanées, quelque brillantesqu’elles paraissent au premier coup d’oeil. Cha-cun d’eux oubliait qu’il avait affaire à unhomme trop délié et trop attentif, pour espérerqu’il pût le tromper long-temps. Mais quelexemple précieux à recueillir par les moralis-tes ! les deux plus beaux génies de leur sièclen’ont pu réussir à se tromper, et n’ont eu qu’àse repentir de l’avoir tenté !
Dès le début, on voit ces deux hommes ac-cumuler les protestations les plus exagérées.Quelle joie! quelle satisfaction ! quel bonheur!quel dévouement! quelle reconnaissance ! Fré-déric, dit-on , est allé , dans des mouvements