AMIS DIî FRÉDÉRIC:
3o6
sant trouva le déjeuner si beau , qu’il résolutde le garder pour lui-même, non cependanten le payant, car Potemkin ne payait rien.Bientôt donc Dupuis n’eut plus aucun accès : ilécrivit et sollicita en vain ; il n’obtenait ni sondéjeuner, ni audience, ni réponse. A la fin,cet homme au désespoir vint déposer toutesses peines dans le sein de l’envoyé de France ,M. le marquis de Yérac: celui-ci fut touché desmalheurs de ce Français , et indigné de la rapa-cité effrontée du satrape. 11 tâcha de consoler lepauvre Dupuis, et lui promit ce qu’il pourraitpour lui faire rendre justice. Monsieur l’envoyésentit bien qu’il ne fallait compter sur aucunsuccès, s’il ne frappait un coup hardi : c’estpourquoi il profita d’un moment où le salondu prince Potemkin était rempli des grands del’empire et des autres ministres étrangers ; etce fut en présence de tout ce monde qu’ilredemanda le déjeuner de ce malheureux Du-puis, en faisant entendre qu’autrement lui-même serait obligé d’en faire l’objet d’une de-mande officielle, ce que sans doute monsieurle prince ne voudrait pas. Potemkin, irrité,répondit qu’il y avait trop long-temps que cemorceau l’embarrassait. L’envoyé le prit au