le Temple du Goût. i 53
Plus il parlait ce langage, moins la porte Mou-vrait. Ouoi ! l’on me prend donc , dit-il,
Pour ( 12 ) une grenouille aquatique,
Qui du fond d’un petit thoraxVa chantant, pour toute musique,
Brekeke , kake , koax , koax , koax ?
( l) Ah ! bon Dieu , s’écria la Critique, quel hor-rible jargon ! Elle ne put d’abord reconnaître celuiqui s’exprimait ainsi. On lui dit que c’était Roujseau,dont les muses avaient changé la voix en punitionde ses méchancetés : elle ne pouvait le croire, 8crefusait d’ouvrir.
Elle ouvrit pourtant en faveur de ses premiersvers ; mais elle s’écria :
O vous , messieurs les beaux esprits,
Si vous voulez être chérisDu Dieu de la double montagne ,
Et que toujours dans vos écritsLe Dieu du Goût vous accompagne ,
Faites tous vos vers à Paris,
Et n’allez point en Allemagne.
Puis me se fan t approcher, elle me dit. tout bas :Tu le connais ; il fut ton ennemi, & tu lui rendsjustice.
Tu vis fa muse indifférente,
Entre l’autel & le fagot,
Manier d’uue main savanteDe David la harpe imposanteEt le flageolet de Marof.