Band 
Tome douzieme.
Seite
223
JPEG-Download
 

223

PRÉLIMINAIRE.

s’égaya dans fa descriptioft du passage du Rhin, c’étaittrois mois après faction ; 8c cette action, toute brillantequ’elle fut, n’cst à comparer, ni pour l’importance nipour le danger, à une bataille rangée, gagnée fur unennemi habile, intrépide & supérieur en nombre, parun roi exposé , ainsi que son fils , pendant quatreheures au feu de l'artillerie.

Ce n’est qu’après s’être laissé emporter aux premiersmouvemens de zèle, après s’être attaché uniquementà louer ceux qui ont si bien servi la patrie dans cegrand jour, qu’on s’est permis d’insérer dans le poèmeun peu de ces fictions qui affaibliraient un tel sujetsi on voulait les prodiguer ; 8c on ne dit ici en proseque ce que M. Addijfon lui-même a dit en vers dansson fameux poème de la campagne de Hochstet.

On peut, deux mille ans après la guerre de T’roye,faire apporter par Vénus à Enée des armes que Vulcaina forgées , 8c qui rendent ce héros invulnérable ; onpeut lui faire rendre son épée par une divinité , pourlá plonger dans le sein de son ennemi. Tout le conseildes dieux peut s’assembler, tout l’enfer peut se déchaî-ner , Aleflon peut enivrer tous les esprits des veninsde fa rage ; mais ni notre siècle, ni un événementsi récent , ni un ouvrage si court ne permettentguère ces peintures devenues les lieux communs dela poésie. II faut pardonner à un citoyen pénétré, defaire parler son cœur plus que son imagination , Scfauteur avoue qu’il s’est plus attendri en disant

Tu meurs, jeune Craon : que le Ciel moins sévère

Veille sur les destins de ton généreux frère !