DU TRADUCTEUR DU CANTIQUE. 27Z
Si les amours respectables de l’époux & de l’épousecommencent par ces mots : Isaguni minsichot piho fyto»bem dodeka me yayin : Qu il me baise d'un baiser de sabouche , car sa gorge esl meilleure -que du vin ; c’est quel’auteur de ce cantique n’était pas né à Paris ; c’estque ni notre galanterie , ni notre petit esprit critique,ni notre insolence pédantesque n’étaient pas connusà Herschalaïm , vulgairement nommée Jérusalem.
Vous qui insultez à l’antiquité sans la connaître,vous qui n’êtes íavans que dans la langue de l’opérade Paris , du barreau de Paris, 8c des brochures deParis ; vous qui voulez que l’esprit divin empruntevotre style , osez lire le livre à'Ezéchiel ; vous ferezscandalisés que Dieu ordonne au prophète de man-ger son pain couvert d’excrémens humains, 8c qu’en-fuite il change cet ordre en celui de manger son painavec de la fiente de vache. Mais sachez que danstoute l’Arabie déserte on mange quelquefois de labouze de vache ; surtout que les plus vils excrémens8c le bourgeois le plus fier qui achète un office fontabsolument égaux aux yeux du créateur , 8c mêmeaux yeux du sage ; que rien n’est ni dégoûtant, nivil, ni odieux devant la sagesse, sinon l’esprit d’igno-rance 8c d’orgueil, qui juge de tout suivant ses petitsusages 8c ses petites idées.
Ceux qui ont osé regarder les expressions naturellesd’un amour légitime comme des expressions profanesseraient bien étonnés, s’ils lisaient le seizième 8c levingt-troisième chapitres d’ Ezéchiel, qu’ilsn’ont jamaislus ; ils verront dans le seizième que Dieu mêmecompare Jérusalem à une jeune fille pauvre, mal-propre , dégoûtante. J'ai eu pitié de vous , dit - il , jePoèmes. S