sur Oedipe.
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Je ne suis point étonné que, malgré tant d’im-perfections , Sophocle ait surpris l’admiration de sonsiècle. L’harmonie de ses vers 8c le pathétique quirègne dans son style ont pu séduire les Athéniens ,qui , avec tout leur esprit Sc toute leur politesse, nepouvaient avoir une juste idée de la perfection d’unart qui était encore dans son enfance.
Sophocle touchait au temps où la tragédie futinventée : Eschyle, contemporain de Sophocle, était lepremier qui se fût avisé de mettre plusieurs person-nages fur la scène. Nous sommes aussi touchésde l’ébauche la plus grossière dans les premièresdécouvertes d’un art , que des beautés les plusachevées lorsque la perfection nous est une foisconnue. Ainsi Sophocle Sc Euripide , tout imparfaitsqu’ils font, ont autant réussi chez les Athéniensque Corneille Sc Racine parmi nous. Nous devonsnous - mêmes, en blâmant les tragédies des Grecs ,respecter le génie de leurs auteurs ; leurs fautesfont fur le compte de leur siècle , leurs beautésn’appartiennent qu'à eux : & il est à croire que s’ilsétaient nés de nos jours , ils auraient perfectionnél’art qu’ils ont presque inventé de leur temps.
11 est vrai qu’ils font bien déchus de cette hauteestime où ils étaient autrefois ; leurs ouvrages fontaujourd’hui ou ignorés , ou méprisés ; mais je croisque cet oubli 8c ce mépris font au nombre desinjustices dont on peut accuser notre siècle. Leursouvrages méritent d’être lus fans doute : 8c s’ilsfont trop défectueux pour qu’on les approuve , ilsfont auffi trop pleins de beautés pour qu’on lesméprise entièrement.
Théâtre. Tom. I.
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