SUR O E D I P E. 4g
écueil tout contraire. L’exposition du sujet se faitordinairement à un personnage qui en est austì bieninformé que celui qui lui parle. On est obligé,pour mettre les auditeurs au fait, de faire dire auxprincipaux acteurs ce qu ils ont dû vraisemblable-ment' déjà dire mille fois. Le point de perfectionserait de combiner tellement les événemens , quefacteur qui parle n’eût jamais dû dire ce qu’ortmet dans fa bouche , que dans le temps même oùil le dit. Telle est , entr’autres exemples de cetteperfection., la première scène de la tragédie deBajazet. Acomat ne peut être instruit de ce qui sepasse dans f armée ; Osmin ne peut avoir de nouvellesdu sérail ; ils se font l’un à f autre des confidencesréciproques qui instruisent & qui intéressent égale-ment le spectateur : 8c l’artifice de cette expositionest conduit avec un ménagement dont je crois queRacine seul était capable.
II est vrai qu il y a des sujets de tragédie où l’onest tellement gêné par la bizarrerie des événemens ,qu’il est prefqu’impossible de réduire l’exposition defa pièce à ce point de sagesse 8c de vraisemblance. Jecrois , pour mon bonheur, que le sujet d’Oedipe estde ce genre ; 8c il me semble que loríqu’on se trouvesi peu maître du terrain, il faut toujours songerà être intéressant plutôt qu exact : car le spectateurpardonne tout hors la langueur ; 8c lorsqu’il est unesois ému , il examine rarement s’il a raison de T être.
A l’égard de ce souvenir d’amour entre JocaJìe8c Philottete , j'ose encore dire que c’est un défautnécessaire. Le íujet ne me fournissait rien par lui-même pour remplir les trois premiers actes ; à peineThéâtre. Tom. /. D