6 o Lettres
Je dis qu’on m’en a fait appercevoir ; car , soitqu’ayant la tête remplie de vers d’autrui, j’aye crutravailler d’imagination . quand je ne travaillaisque de mémoire ; soit qu’on se rencontre quelquefoisdans les mêmes pensées 8c dans les mêmes tours ;il est certain que j'ai été plagiaire fans le savoir : 8cque , hors ces deux beaux vers de Corneille , quej’ai pris hardiment 8c dont je parle dans mes lettres ,je n’ai eu dessein de voler personne.
II y a dans les Horaces :
Est-ce vous, Curiace ? en croirai-je mes yeux ?
Et dans ma pièce il y avait :
Est-ce vous, Philoctete ? en croirai-je mes yeux?
J’cspère qu’on me fera l’honneur de croire quej'aurais bien trouvé tout seul un pareil vers. Je l’aichangé cependant, auflì-bien que plusieurs autres ,8c je voudrais que tous les défauts de mon ouvragefussent aussi aisés à corriger que celui-là.
On m’apporte en ce moment une nouvelle critiquede mon Oedipe : celle-ci me paraît moins instructiveque l’autre , mais beaucoup plus maligne. La pre-mière est d'un religieux , à ce qu’on vient de medire ; la seconde est d’un homme de lettres : 8c cequi est assez singulier , c’est que le religieux possedemieux le théâtre, 8c l'autre le sarcasme. Le premiera voulu m’éclairer , 8c y a réussi : le second a voulum’outrager , mais il n’en est point venu à bout. Jelui pardonne fans peine ses injures , en faveur dequelques traits ingénieux 8c plaisons dont son ouvragem'a paru semé. Ses railleries m ont plus diverti