! ! 6 O E D I P E.
Mon devoir , il est vrai, m’ordonne de vous fuir , [h)
Je dois vous oublier , 8c non pas vous trahir ;
Je crois que vous savez le sort qu’on vous apprête.
Philoctete.
Un vain peuple en tumulte a demandé ma tête :
II souffre , il est injuste , il faut lui pardonner.
J o c A S T E.
Gardez à ses fureurs de vous abandonner.
Partez, de votre fort vous êtes encor maître ;
Mais ce moment, Seigneur, est le dernier peut-êtreOù je puis vous sauver d’un indigne trépas.
Fuyez, 8c loin de moi précipitant vos pas,
Pour prix de votre vie heureusement sauvée ,
Oubliez que c’est moi qui vous l’ai conservée.
Philoctete.
Daignez montrer, Madame , à mon cœur agitéMoins de compassion 8c plus de fermeté ;
Préférez comme moi mon honneur à ma vie ,Commandez que je meure , 8c non pas que je fuieEt ne me forcez point, quand je fuis innocent,
A devenir coupable en vous obéissant.
Des biens que m’a ravis la colère céleste ,
Ma gloire , mon honneur est le seul qui me reste ;
Ne m’ôtez pas ce bien dont je fuis si jaloux ,
Et ne réordonnez pas d’être indigne de vous.
J’ai vécu , j’ai rempli ma triste destinée ,
Madame , à votre époux ma parole est donnée ;
Quelque indigne soupçon qu il ait conçu de moi,
Je ne sais point encor comme on manque de foi.
J O C A S T E.
Seigneur , au nom des dieux ! au nom de cette flamme ,Dont la triste Jocaste avait touché votre ame ,