13 °
O
E D I P
E.
J O C A S T E.
Apprenez, apprenez, dans ce péril extrême ,
Ce que j’aurais voulu me cacher à moi-même;
Et d’un oracle faux ne vous alarmez plus.
Seigneur , vous le savez , j’eus un fils de Laïus.
Sur le fort de mon fils ma tendresse inquièteConsulta de nos dieux la fameuse interprète.
Ouelle fureur , hélas ! de vouloir arracherDes secrets , que le fort a voulu nous cacher !
Mais enfin j’étais mère , 8c pleine de faiblesseJe me jetai craintive aux pieds de la prêtresse ;
Voici ses propres mots, j’ai dû les retenir ;
Pardonnez si je tremble à ce seul souvenir,u Ton fils tuera son père , 8c ce fils sacrilège,
,, Inceste 8c parricide.. . O Dieux! achèverai-je ?
O E D I p E.
Eh bien, Madame ?
J O C A S T E.
Enfin , Seigneur , on me prédit,Oue mon fils , que ce monstre entrerait dans mon lit ;Oue je le recevrais , moi, Seigneur , moi fa mère ,Dégouttant dans mes bras du meurtre de son père ;
Et que tous deux unis par ces liens affreux ,
Je donnerais des fils à mon fils malheureux.
Vous vous troublez, Seigneur, à ce récit funeste ;Vous craignez de m’entendre 8c d’écouter le reste.O E D I P E.
Ah ! Madame , achevez : dites, que sites - vousDe cet enfant, l'objet du céleste courroux ?
J o c a s T E.
Je crus les dieux , Seigneur ; 8c saintement cruelle ,J’étouffai pour mon fils mon amour maternelle.