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Tome premier.
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2 9 6 Discours

bien que d’anglais , à vous qui réapprendriez dumoins à rendre à ma langue cette force Sc cette énergiequ’inípire la noble liberté de penser ; car les senti-mens vigoureux de l ame passent toujours dans lelangage ; 8c qui pense fortement, parle de même.

Je vous avoue, Mylord, qu’à mon retour d’Angle-terre , où j'avais paísé près de deux années dans uneétude continuelle de votre langue, je me trouvaiembarrasse, lorsque je voulus composer une tragédiefrançaise. Je m’etais presque accoutumé à penser enanglais : je sentais que les termes de ma langue nevenaient plus se présenter à mon imagination avecla même abondance qu’auparavant ; c’était commeun ruisseau dont la source avait été détournée : il mefallut du temps 8c de la peine pour le faire coulerdans son premier lit. Je compris bien alors que pourréussir dans un art, il le faut cultiver toute fa vie.

De la rime Ce qui m'estraya le plus en rentrant dans cettecuhé I d e d! 'ia carr ière , ce fut la sévérité de notre poésie, 8c l’esclavageversification de la rime. Je regrettais cette heureuse liberté que

française. ,,, , .7

vous avez d ecrire vos tragédies en vers non rimes ;d’alonger 8c surtout d’accourcir presque tous vosmots ; de faire enjamber les vers les uns furies autres ;8c de créer dans le besoin des termes nouveaux quifont toujours adoptés chez vous , lorsqu’ils fontsonores, intelligibles 8c nécessaires. Un poète anglais,disais-je , est un homme libre qui asservit fa langueà son génie; le Français est un esclave de la rime,obligé de faire quelquefois quatre vers, pour exprimerune pensée qu'un Anglais peut rendre en une feuleligne. L’Anglais dit tout ce qu’il veut, le Français