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Tome premier.
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sur la Tragédie. 297

ne dit que ce qu’il peut ; l’un court dans une carrièrevaste, 8c l’autre marche avec des entraves dans unchemin glissant Sc étroit.

Malgré toutes ces réflexions 8c toutes ces plaintes,nous ne pourrons jamais secouer le joug de la rime;elle est essentielle à la poésie Française. Notre languene comporte que peu d’inversions : nos vers ne souffrentpoint ffenjambement, du moins cette liberté est très-rare : nos syllabes ne peuvent produire une harmoniesensible par leurs mesures longues ou brèves : noscésures 8c un certain nombre de pieds ne suffiraientpas pour distinguer la prose d’avec la versification ;la rime est donc nécessaire aux vers français. De plus ,tant de grands maîtres qui ont fait des vers rimés ,tels que les Corneilles , les Racines , les Dejpréaux , onttellement accoutumé nos oreilles à cette harmonie ,que nous n’en pourrions pas supporter d’autres ; Scje le répète encore , quiconque voudrait se délivrerd’un fardeau qu’a porté le grand Corneille , seraitregardé avec raison , non pas comme un génie hardiqui s’ouvre une route nouvelle, mais comme unhomme très-faible qui ne peut marcher dans l’an-cienne carrière.

On a tenté de nous donner des tragédies en prose ;mais je ne crois pas que cette entreprise puisse désor-mais réussir : qui a le plus , ne saurait se contenterdu moins. On fera toujours mal venu à dire aupublic : je viens diminuer votre plaisir. Si au milieudes tableaux de Rubens ou de Paul-Vèronèje , quelqu’unvenait placer ses desseins au crayon , n’aurait-il pastort de s’égaler à ces peintres ? On est accoutumé

Tragédiesen prose.