sur la Tragédie. 307
inséré dans une pièce trop d’événemens, la raison decette faute : s’il est de bonne foi, il vous dira qu’iln’a pas eu assez de génie pour remplir fa pièce d’unseul fait ; 8c s’il prend deux jours 8c deux veilles pourson action, croyez que c’est parce qu’il n’aurait paseu l’adresse de la resserrer dans l’efpace de trois heures8c dans l’enceinte d’un palais, comme l’exige la vrai-semblance. II en est tout autrement de celui quihasarderait un spectacle horrible sur le théâtre. II nechoquerait point la vraisemblance ; 8c cette hardiesse,loin de supposer de la faiblesse dans fauteur, deman-derait au contraire un grand génie pour mettre par sesvers de la véritable grandeur dans une action qui, fansun style sublime, ne serait qu’atroce 8c dégoûtante.
Voilà ce qu’a osé tenter une fois notre grand CinquièmeCorneille, dans saRodogune. II fait paraître une mère ^une R °"qui, en présence de la Cour 8c d’un Ambassadeur,veut empoisonner son fils 8c fa belle-fille, après avoirtué son autre fils de fa propre main. Elle leur pré-sente la coupe empoisonnée, 8c sur leur refus 8c leurssoupçons, elle la boit elle-même , 8c meurt du poisonqu’eile leur destinait. Des coups aussi terribles nedoivent pas être prodigués , 8c il n’appartient pas àtout le monde d’oser les frapper. Ces nouveautésdemandent une grande circonspection , 8c une exécu-tion de maître. Les Anglais eux-mêmes avouent queShakespeare , par exemple, a été le seul parmi eux quiait su évoquer 8c faire parler des ombres avec succès.
Within that circle none durjl move hut he.
Plus une action théâtrale est majestueuse ou p ompe Leffrayante, plus elle deviendrait insipide, si elle était f^áciedans
Y 2 la tragédie.