Band 
Tome premier.
Seite
309
JPEG-Download
 

sur la Tragédie.

.309

Je me souvenais que lorsque j'introduisis autrefoisdans Oedipe un chœur de Thébains qui disait :

O Mort, nous implorons ton funeste secours !

O Mort, viens nous sauver, viens terminer nos jours !le parterre, au lieu d’ètre frappé du pathétique quipouvait être en cet endroit, ne sentit d’abord que leprétendu ridicule d’avoir mis ces vers dans la bouched’acteurs peu accoutumés, & il fit un éclat de rire.Ç’est ce qui m’a empêché dans Brutus de faire parlerles Sénateurs , quand Titus est accusé devant eux, 8cd’augmenter la terreur de la situation , en exprimantl’étonnement Sc la douleur de ces Pères de Rome,qui fans doute devaient marquer leur surprise autre-ment que par un jeu muet qui même 11 ’a pas étéexécuté. ( )

Les Anglais do nn e n t beaucoup plus à faction quenous , ils parlent plus aux yeux : les Français donnentplus a l’élégance, à l’harmonie, aux charmes desvers. II est certain qu'il est plus difficile de bien écrire,que de mettre fur le théâtre des assassinats , des roues >des potences , des sorciers Sc des revenans. Auffi,la tragédie de Caton, qui fait tant d’honneur àM. Addijfon, votre successeur dans le Ministère ; cettetragédie, la feule bien écrite d’un bout à l’autre chezvotre nation , à ce que je vous ai entendu dire à vous-même, ne doit fa grande réputation qu’à fès beauxvers , c’est-à-dire, à des pensées fortes 8c vraies , expri-mées en vers harmonieux. Ce font les beautés dedétail qui soutiennent les ouvrages en vers , 8c qui

( * ) Voyez les Variantes à la fin de la Tragédie.

Y 3