sur la Tragédie. 3 i i
On reproche à notre nation d’avoir amolli lethéâtre par trop de tendresse ; 8c les Anglais méritentbien le même reproche depuis près d’un siècle ; carvous avez toujours un peu pris nos modes 8c nosvices. Mais me permettez-vous de vous dire monsentiment sur cette matière ?
Vouloir de l’amour dans toutes les tragédies, meparaît un goût efféminé ; l’en proscrire toujours, estune mauvaise humeur bien déraisonnable.
Le théâtre, soit tragique, soit comique , est lapeinture vivante des passions humaines. L’ambitiond’un prince est représentée dans la tragédie ; lacomédie tourne en ridicule la vanité d’un bourgeois.Ici vôus riez de la coquetterie 8c des intrigues d’unecitoyenne ; là vous pleurez la malheureuse passionde Phèdre : de même, l’amour vous amuse dans unroman ; 8c il vous transporte dans la Didon de Virgile.L’amour dans une tragédie n’est pas plus un défautessentiel , que dans l’Enéïde ; il n’est à reprendreque quand il est amené mal à propos , ou traitéfans art.
Les Grecs ont rarement hasardé cette passion surle théâtre d’Athènes ; premièrement parce que leurstragédies n’ayant roulé d’abord que fur des sujetsterribles, l’esprit des spectateurs était plié à ce genrede spectacles ; secondement parce que les femmesmenaient une vie beaucoup plus retirée que lesnôtres ; 8c qu’ainsi, le langage de l’amour n’étant pascomme aujourd’hui le sujet de toutes les conversa-tions , les poètes en étaient moins invités à traitercette passion, qui de toutes est la plus difficile a
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