Acte premier. 143
Les flambeaux de la haine, entre nous allumés,Jamais des mains du temps ne seront consumés.
P H A N o R.
Ne les éteignez point, mais cachez-en la flamme;Immolez au public les douleurs de votre ame.Ouand vous verrez ces lieux par ses mains ravagés,Vos malheureux enfans seront-ils mieux vengés?Vous avez tout perdu, fils, frère, épouse, fille;
Ne perdez point l’Etat : c’est-là votre famille.
Z o P 1 R E.
On ne perd les Etats que par timidité.
P h A N o R.
On périt quelquefois par trop de fermeté.
Z o p 1 R E.
Périssons, s’il le faut. ( a )
P H A N O R.
Ah ! quel triste courage,
Quand vous touchez au port, vous expose au naufrage ? (b)Le ciel, vous le voyez, a remis en vos mainsDe quoi fléchir encor ce tyran des humains.
Cette jeune Palmire en ses camps élevée ,
Dans vos derniers combats par vous-même enlevée,Semble un ange de paix descendu parmi nous,
Qui peut de Mahomet appaifer le courroux.
Déjà par ses hérauts il l’a redemandée.
Z o p 1 R E.
Tu veux qu'à ce barbare elle soit accordée ?
Tu veux que d’un si cher Sc si noble trésorSes criminelles mains s’enrichissent encor?
Quoi ! lorsqu’il nous apporte Sc la fraude 8c la guerre,Lorsque son bras enchaîne Sc ravage la terre,