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Dom Alonzo d’Ercilla. 395
de quelques troupes, & il y resta pendant tout le tempsde la guerre.
Sur les frontières du Chily, du côté du Sud, estune petite contrée montagneuse nommée Araucana ,habitée par une race d’hommes plus robustes 8c plusféroces que tous les autres peuples de l’Arnérique.Ils combattirent pour la défense de leur liberté avecplus de courage Sc plus long-temps que les autresAméricains ; & ils furent les derniers que les Espagnolssoumirent. Alonzo soutint contre eux une pénible 8clongue guerre. II courut des dangers extrêmes : stvit 8c fit les actions les plus étonnantes, dont la feulerécompense fut l’honneur de conquérir des rochers ,8c de réduire quelques contrées incultes fous f obéis-sance du roi d’Efpagne.
Pendant le cours de cette guerre, Alonzo conçut ledessein d’immortalifer ses ennemis en s’immortalifantlui-même. II fut en même temps le conquérant 8c lepoète ; il employa les intervalles de loisir que la guerrelui laissait à en chanter les événemens ; 8c faute depapier il écrivit la première partie de son poème furde petits morceaux de cuir, qu’il eut ensuite bien dela peine à arranger. Le poème s’appelle Araucana , dunom de la contrée.
II commence par une description géographique duChily, 8c par la peinture des moeurs 8cdes coutumesdes habitans. Ce commencement, qui serait insup-portable dans tout autre poème, est ici nécessaire, 8cne déplaît pas dans un sujet où la scène est par-delàl’autre tropique, 8c où les héros font des sauvages,qui nous auraient été toujours inconnus s’il ne lesavait pas conquis 8c célébrés. Le sujet, qui était neuf,