486 Jacques III
Le jour même Marie de Modène, (30) veuve deJacques , vient parler à Louis XIV dans l’appartementde M me de Maintenoiì. Elle le conjure en larmes dene point faire à son fils, à elle, à la mémoire d’unroi qu’il a protégé , l’outrage de refuser un simpletitre, seul reste de tant de grandeurs : on a toujoursrendu à son fils les honneurs d’un prince de Galles,on le doit donc traiter en roi après la mort de sonpère : le roi Guillaume ne peut s’en plaindre pourvuqu’on le laisse jouir de son usurpation. Elle fortifieces raisons par l’intérêt de la gloire de Louis XIV.Qu’il reconnaisse ou non le fils de Jacques II, lesAnglais ne prendront pas moins parti contre laFrance, 8c il aura seulement la douleur d’avoir sacrifiéla grandeur de ses sentimens à des ménagemensinutiles. Ces représentations 8c ces larmes furentappuyées par M me de Maintenon. Le roi revint à sonpremier sentiment 8c à la gloire de soutenir autantqu’il pouvait des rois opprimés. Enfin Jacques IIIfut reconnu le même jour qu’il avait été arrêté dansle conseil qu’on ne le reconnaîtrait pas.
Le marquis de Torci a fait souvent l’aveu de cetteanecdote singulière. II ne l’a pas insérée dans sesmémoires manuscrits, parce qu’il pensait, disait-il,qu’il n’étai t pas honorable à son maître que deuxfemmes lui eussent fait changer une résolution prisedans son conseil. Quelques anglais {uu) m’ont dit
(30) II paraît , d’après les notes des mémoires de Berwick , queLouis X JV avait pris fa résolution avant la mort de Jacques , 8c qu’ainsile conseil dont on a parlé ici fut tenu avant la troisième visite deLouis XIV à ce prince , celle où il déclara au malheureux Jacques qu’ilreconnaîtrait'son fils pour roi d’Angleterre.
(uu) Entr’autres milord Bolìngbroke , dont les mémoires ont depuis