XIV
les vieillards , la jeunesse, célébrer les batailles de Jemmapes et de Fleuras,de Rivoli et d’Arcole, des Pyramides .et du Mont-Thabor, d’Austerlitz et deFriedland ; ils ne peuvent s’empêcher d’admirer à la fois et tant de faitsimmenses et la noble attitude du peuple qui les chante devant eux ainsi qu'enface de la dynastie assise sur le trône, offensée de n’avoir aucune place parmitant de gloire, mais secrètement intéressée à ne pas arrêter cet élan des aines,qui pouvait devenir un élément de force si les alliés voulaient abuser de lavictoire en prolongeant leur séjour parmi nous.
Une singulière anomalie se présente ici à la pensée. Béranger, en rallumantl’enthousiasme pour Napoléon, réveillait aussi l’amour de la patrie et de laliberté; il fut ainsi pour sa part l’instituteur politique de la jeunesse en géné-ral. Il produisit sur elle, comme sur le peuple lui-même, une impression quiressemblait eu quelque chose à celle de la révolution de 1789 ; il en ranima lessentiments, et jeta dans les cœurs le germe des dispositions nécessaires ausuccès de la révolution nouvelle, qu’il prévoyait dans un avenir plus ou moiuséloigné. Les jeunes gens de la classe moyenne, et même un certain nombrede ceux qui appartenaient aux anciennes familles, non moins (ières de leurnaissance que connues par leur haine pour la révolution, prirent aussi leursinspirations dans Béranger, et adoptèrent la cause constitutionnelle. Us for-maient , sous la conduite des chefs de l’opposition, une société qui se consacraitavec eux aux travaux de la résistance légale et organisée, pour arrêter lesempiétements d’une autorité trop justement suspecte de projets hostiles à laliberté. Les événements de chaque jour, les discussions de la tribune, lesjournaux, les nombreuses publications de la presse, avancèrent singulièrementl’éducation politique de ces auditeurs d’une nouvelle espèce placés auprès desdeux chambres, et partout où il s’agissait de défendre les principes de la révo-lution de 1789. En même temps il s’élevait dans cette même classe une coali-tion de quelques belles intelligences qui, formées , échauffées par l’enseigne-ment de 1 école normale, où brillaient les Laromiguière, les Royer-Collard et leurs élèves d’élite , entreprirent de combattre le dix-huitième siècle, parti-culièrement Voltaire , et de rétablir l’union entre la philosophie et le principereligieux, qu’elle regardait avec raison comme immuable dans le cœur deshommes. Cette coalition avait pour son interprète le journal le Globe. Sansdoute elle fut injuste envers le dix-huitième siècle, elle méconnut des servicesimmenses et dont nous recueillons encore tous les fruits chaque jour ; sansdoute encore on peut lui reprocher des hérésies littéraires; mais elle répanditdes lumières en soumettant tout à une analyse sévère, et offrit l'exemple d’une