L’INSTITUTUIC E.
77
'lient avec des aies de lêle passionnés, un peu en actrice'; elle en a tous les instinctsvaniteux , désordonnés ; mais elle les musèle hypocritement, elle doit tenir son rangdans le monde, et voila ce qui l’empêche de se livrer au théâtre, vocation bien dé-cidée de cette nature maniérée. Elle parle à tous une poésie mystique admirable-ment fastidieuse; elle cite'Ilyron en anglais,Kloopstok en allemand ; elle se pose de-vant tous comme vivant A'idéalité s; tandis que son esprit ulcéré par les mécomptes,recherche avec ardeur le positif Au luxe, le réel des jouissances mondaines.
Habile par intuition, elle dirige ses plans d’attaque contre les natures malléa-bles, les héritiers présomptifs d’un grand nom et d’une grande fortune, écoliersencore imberbes, que la demoiselle pâle enlace de ses séductions de couleuvre; oubien elle s’attaque a ces connaisseurs émérites en beauté qui ont traversé l’empire enminant par convention deux ou trois femmes alors citées, ces admirateurs consa-crés du beau sexe, qui font des folies de sang-froid, avec préméditation, pour fairecroire a un reste de jeunesse. Mais lorsqu’elle échoue dans ce noviciat d’intrigues,comprenant a vingt-cinq ans qu’elle a perdu la magie de son prisme de victime, dedemoiselle de compagnie romanesque et brillante, elle se transforme en institutriceambitieuse.
H lui faut alors une grande maison, d’où l’esprit de famille soit exclu, oii lemonde ait fait invasion complète, où les enfants soient gardés près de leurs parents,"on pour qu’on y développe avec plus de sollicitude leur esprit et leur cœur, maisPour qu’on les dresse en naissant a ces airs stéréotypés, a ces manières conven-tionnelles que la nature n’indique pas et dont on fait le suprême bon ton.
L’institutrice ambitieuse cherche de préférence une élève qui n’ait plus sa mère,ot qu’elle puisse former sans autre contrôle que la surveillance paternelle, qu’elle mé-tamorphose en attentions qui lui sont personnelles. Chez un père veuf, l’institu-trice ambitieuse trône en souveraine, devient maîtresse de maison, en usurpe l’au-torité , en dépasse les tyrannies, et finit parfois par en acquérir la consécration.
L’institutrice ambitieuse est trop occupée d’elle-même pour s’occuper sérieusementde soii élève : tout ce qu’elle exige d’elle, ce sont des dehors séduisants, un maintien quibii fasse honneur dans un salon. Si l’écolière est docile, l’institutrice récompense cesgrâces naissantes qui découlent d’elle par des complaisances qui annulent l’autoritéPaternelle et qui plus tard annuleront l’autorité conjugale. Ainsi posée, elle a une"xtrême recherche dans sa mise, et veut être citée comme un modèle de goût,vonirne un résumé d’élégance. Elle est prodigue; car son ambition lui fait voir tou-jours une fortune assurée en perspective. A quoi lui serviraient ses épargnes ? l’intri-gue y suppléera.
Mais lorsque passé trente-cinq ans elle n’a pu s’enrichir par quelque riche mariagehabilement et forcément amené , en désespoir de cause elle se décide à se faire cha-"oinesse ; chaperonnée du titre de madame, elle devient une de ces intrigantes pro-blématiques que le beau monde accueille , qu’il protège , et dont il se sert commeauxiliaire dans l’exploitation de tous les vices occultes et musqués, dont l’expérienceb" donne si bien l’entendement ; c’est alors que l’institutrice ambitieuse devientjoueuse forcenée.