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L’INSTITUTRICE.
L’exameu de la nature humaine nous offre toujours un côté ridicule ou odieux,mais aussi un côté touchant dont la consolante analyse adoucit l’amertume du mora-liste et fait succéder a des peintures railleuses ou mordantes, le tableau réel de no-bles et pures vérités. Ainsi nous arrivons avec bonheur a l’institutrice par dévoue-ment, jeune martyre, vertu sublime et cachée, que les ridicules de l’institutrice devocation et l’esprit d’intrigue de l'institutrice ambitieuse, font trop souvent mécon-naître.
L’institutrice par dévouement est souvent une jeune fille insouciante et heureuseau sein de sa famille, ignorante de ses talents et de son esprit, et qui ne pense pasqu'ils pourront lui aider un jour a combattre la mauvaise fortune. Ame pure et ten-dre, toute prête a se dévouer au premier appel, et a sauver par son sacrifice ceuxqu’elle aime de la misère et du malheur; elle, si bien faite pour goûter les joiesde la famille, pour les faire naître par sa présence, elle quitte courageusement letoit paternel où elle a été si naturellement heureuse, si doucement aimée; ellepressent tout ce qu’elle souffrira dans une maison étrangère; elle répète tout basces vers du Dante :
Tu proverai sicconiesa di saleLo pane altrui, e coin’ è duro calleLo scendere e ’l salir per l’altrui scale 1 .
Mais elle se résigne. Être utile, voila sa destinée, destinée sévère, où l’imagina-tion doit s’éteindre, où le cœur doit être étouffé; mais où la conscience puise desaintes consolations dans la certitude d’avoir bien fait.
On choisit toujours pour l’institutrice par dévouement, ou elle cherche elle-mêmeavec soin, une famille honorablement placée dans le monde et rigoureusement hon-nête, imposant par ses bonnes mœurs, par la considération de la fortune et durang, par tous les dehors qui donnent ou attirent l’estime ; mais la position ne changepoint les individus, et souvent dans ces familles si bien famées, il se rencontre desnatures difficiles, des âmes froides ou irritables, dont le contact est une souffrancede chaque jour pour l’institutrice par dévouement. Eu général les grandes et noblesfamilles où elle est admise ont l’esprit de régularité et d’orgueil de leur caste , ellesoffrent une hospitalité polie, mais glaciale, a cette pauvre enfant qui aurait besoin deretrouver une seconde famille dans cette famille étrangère, et d’être consolée par unebienveillante affection de la perte de toutes ces tendresses qui entourèrent sou enfance.Dans le nouvel état que le malheur lui a fait, elle est traitée avec considération, elles’attire le respect par le soin scrupuleux qu’elle met à remplir tous ses devoirs ; 011lui adresse régulièrement des éloges, on lui donne, à des époques fixes de Tannée,
’ Tu sauras combien le pain d’autrui a d'amertume, et combien il est dur de monter et de descendrel'escalier étranger.