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LA DEMOISELLE A MA 1 UEK.
nient amoureux de moi, ma mère serait la plus heureuse et la plus triomphante desmères. Pauvre femme ! elle attendra longtemps. Les jeunes gens ont trop bien ap-pris l’arithmétique depuis un certain temps pour songer a moi. L’arithmétique estl’ennemie jurée des jeunes filles ; c’est un préservatif assuré contre l’amour qu'ellespourraient inspirer.
— Cependant vous êtes riche, je crois?
— Non , pas du tout. Ma mère a un très-beau douaire, et paraît riche; mais j’aides frères et des sœurs tous mariés et en possession de légitimes héritiers. J’ai dixmille livres de rente, pas davantage : donc je ne puis plaire qu’a ceux qui n’ont rien.
— Et pourquoi cela? Je ne comprends pas la logique de ce raisonnement.
— Parce que ceux qui possèdent, 11e fût-ce que six mille livres de rente, sontinfiniment plus riches vivant garçons qu’ils ne le seraient avec seize mille livres derente et une femme à loger, vêtir et nourrir. Ma mère sait merveilleusement cela,aussi elle a placé ses espérances ailleurs; et pour essayer de l’effet de mes charmes,elle me mène depuis deux ans a toutes les ambassades afin d’y rencoutrer des étran-gers.
— Pourquoi des étrangers?
— Parce qu’ils passent pour plus riches et moins bons calculateurs que les Fran-çais .
— On pourrait bien se tromper.
— Peut-être. Et d’ailleurs que voulez-vous? je ne sais pas être aimable pour tousles vieux princes russes, allemands , goths, visigoths ou ostrogoths a col tordu, bor-gnes , bossus, boiteux ou manchots, que nos mères se sont mises a cajoler pour nous.Aussi la mienne dit-elle en riant, mais avec un grand fonds de tristesse, que je suisd’une très-difficile défaite.
— Eh bien, pourquoi veut-elle donc se défaire de vous ?
— Parce qu’il faut bien marier sa fille.
— Mais quelle nécessité?
— C’est l’usage ; et une mère ne passe pour avoir bien rempli son devoir mater-nel que quand, vaille que vaille, elle a marié tous ses enfants.
— Votre société française est singulière, en vérité ! donc, pour vous conformer àl’usage, vous, ma chère Marguerite, à qui j’ai vu de tout autres idées, vous vousmariez seulement pour en finir, ainsi que vous disiez tout a l’heure. Et quel hommeest celui que vous devez épouser ?
— Je ne sais trop, répondit nonchalamment Marguerite.
— Est-il beau?
— Voila bien une question d’Anglaise. Non, il n’est ni beau ni laid.
— Est-il jeune?
— Ni vieux ni jeune, trente-trois ans à peu près.
— Est-il riche?
— Non, je dirais qu’il n’est ni riche ni pauvre , si ce n’est qu’il n’est vraimentpas assez riche a beaucoup près pour vivre dans la haute société, dans laquelle sonmai iage va le placer , et qu’il faudra nécessairement que nous passions ensemble