180 LA DEMOISELLE A MAKI ER.
ment scandaleuses, de bons mots qui ne sont pas toujours très-chùtiés ; mais mal'heur à nous si nous comprenions le langage le plus clair ! nous ne devons ni sourireni rougir, sous peine de passer pour savoir plus de choses qu'il ne convient a notreétat de jeunes personnes.
— Et êtes-vous en effet si ignorantes?
— Oh! je crois, dit Marguerite en riant dans sa jolie figure line, que nous sont"mes un peu comme les enfants muets dont les nourrices se vantent avec orgueil ,a 11 ne parle pas encore, disent-elles, mais il n’ignore de lien. »
— Vous vous vantez, ma chère enfant, reprit Diana avec une certaine pédanteriede femme mariée.
Marguerite rougit et craignit d'avoir outre-passé sa pensée, mais elle continua •—Vous voyez qu’avec ce système qui nous rend stupides à plaisir devant les hounneS)il est très-difficile à une jeune fille de faire sortir son roman de l’état d’abstraction-
J’ai donc ainsi gagné vingt-quatre ans, autre année fatale! depuis près de dixmois que j’y suis entrée, ma mère a quitté toutes ses espérances, et un désir effréné?une impatience sans espoir s’est emparée d'elle; elle en parle le jour, elle y rêve 1®nuit: tous ses amis sont en campagne, et nous ne passons jamais une semaine sansfaire au moins une entrevue.
— Qu’est-ce qu’une entrevue? dit Lady L...
— O bienheureuse Anglaise qui ne sait pas ce que c’est qu'une entrevue, s'écriaMarguerite avec une emphase plaisante : Une entrevue est une invention asson>"mante et saugrenue de notre civilisation matrimoniale; c’est une rencontre fortuiteoù l’on fait trouver ensemble une jeune personne qui ne se doute de rien et 1,11homme à marier. Avez-vous jamais vu vendre un cheval?
— J’en ai du moins vu beaucoup acheter.
— Vous avez alors vu comme on le fait marcher au pas, au trot, au galop;montre scs pieds, ses dents, on dit s’il a de bons poumons, s’il est bon coureur, sest facile a ferrer, s’il se nourrit bien; que sais-je encore? Eh bien!cette exhibid 0 "de toutes les qualités chevalines n’est rien, auprès de celle d’une créature sounii se ‘l’entrevue : on la pare des pieds a la tête de tout ce qui peut l’embellir , on la p' aC ®sous son meilleur jour; si le bal lui va bien, c’est au bal qu’on la montre; s*^chante, c’est au concert; si elle n’est point trop sotte, c’est a un dîner, où cli aCl!I ^l’interroge, qui sur ses talents, qui sur ses goûts; l’un lui parle musique, l’ aut ^dessin, un autre lui demande qui elle admire le plus, de Victor Hugo ou de M-Lamartine , le tout pour la faire briller. Pour moi, j’en ai fait partout, et J eavais prises dans une telle horreur que je les manquais toutes! Au bal, quand J 'vais soupçonné l’entrevue, j’étais mal coiffée et je me sentais gauche, ce qui csl ;meilleur moyen pour l’être en effet, tout me mettait a la gêne sous des regards 111quisiteurs ; au concert je chantais faux, et j’étranglais toutes mes roulades.
— Mais aux dîners, du moins, vous n’étiez point sotte, j'imagine?
— Eh bien ! vous vous trompez, ma chère ; je trouvais presque toujours a souteu 11 ’je ne sais par quelle fatalité, quelque thèse odieuse a tous les maris. Un jour e11autres (je n’étais pas, il est vrai, dans la confidence de l’entrevue), je voulus prou'