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LA DEMOISELLE A AI A 11 IE R.
^ la meilleure foi du monde et sans songer à mal, je vous l'assure, que les seules fem-mes heureuses que je connusse étaient loutes de jeunes veuves ; ma mère toussa : je■a pris a témoin; elle toussa plus fort, mais j'étais en verve de gaieté, j’allai montr ain; accumulant les exemples, et je ne m’arrêtai que quand le monsieur de l’en-trevue me dit d’un air gonflé de colère : « Mademoiselle, si 1 état de veuve est celuiflui vous paraît déjà le plus désirable, je pense que peu de gens seront ambitieux devous offrir les moyens d’y arriver. » Je le regardai très-surprise, et je lui vis un airde dignité blessée, si sotte et si plaisante, que je fus prise d’un fou rire inextinguible.
— O le triste animal que celui qui ne sait pas rire d’une plaisanterie !
— D’autres fois je disais que j’aimais le monde devant un homme qui n aimait queta campagne, ou que j’avais une santé délicate devant un jeune homme qui avaithorreur d’une femme malade. On a dit qu’un courtisan ne doit avoir ni humeur, nihonneur; ch bien! ma chère enfant, une fille à marier ne doit avoir ni cœur, nif°*c, ni poumons, ni goûts, ni opinions, ni esprit, ni yeux, ni oreille, de peur que si( dle vient a montrer l’une de ces choses, ce ne soit pas celle qui cadre avec les idéeshétéroclites du seigneur et maître qui vient l’observer dans une entrevue. J’ai connudeux mères qui portaient si loin les précautions, qu’elles n’avaient fait embrasser at e ur tille aucune religion, alin qu’elles pussent épouser, selon l’occurrence, un ca-tholique ou un protestant; mais ces choses sont rares, parce que tous les hommes,quelles que soient d’ailleurs leurs idées religieuses, aiment a trouver une lemmePieuse.
— S’ils ne sont pas dévots, que leur importe ?
— Ils disent que c’est une garantie.
On pourrait faire un livre de toutes mes entrevues; je n’y plaisais guère à per-sonne, et personne ne m’y plaisait. 11 faut dire aussi que l’homme du monde le plusséduisant devient intolérable dans une entrevue, et qu'un femme y est affreuse, etguindée et stupide. A r oyez-vous bien, c’est une galère, et depuis que ces malheureuxvingt-quatre ans sont venus mettre ma mère en émoi, je fais perpétuellement de cesmalheureuses rencontres. Et, je dois dire avec tristesse, que tous les jours les qualitésdu prétendant diminuent; nous écoutons maintenant des propositions qu’on n eûtjamais osé nous faire il y a quelques années; c’est triste, voyez-vous, d être au ra-bais, et a moins de quelque bonne succession qui relève nos actions, on ne sait oùce ia peut s’arrêter. La fable de La Fontaine prend une réalité désespérante, et voila ceflui fait, qu’en un mot, j’en veux finir.
1 — Mais ce cousin dont vous ne voulez point que je vous parle, je 1 ai vu dans unhmips avoir pour vous une de ces tendres affections qui naissent dans 1 enfance etPeuvent durer toute la vie.
■—Alarguerite rougit beaucoup; mais elle reprit avec impatience : Roger a cin-fllante mille livres de rente, sa mère lui a défendu de songer à moi, quoiqu ilPrétende vouloir attendre qu'il l’ait fléchie, je ne veux pas être une pierre d achop-paient entre ma tante et lui, et, quoique j’aie pour lui, non de l'amour, mais unelj °nne et sincère affection, je n’attendrai point l’incertaine bonne volonté de laprin-