•ISS
LE l'RECE1>TE ER.
La seule chose qui absorbe alors ses facultés, le seul objet sur lequel il concentresou attention, c’est la civilité. Il tâche de s’y conformer en tous points. Par exempt’»il attache avec une épingle sa serviette a son estomac ( vieux style), tient rigo 11 'reusement sa cuillère et sa fourchette de la main droite ; mange sans bruit, con-damne ses yeux à rester collés sur son assiette et ne se moucherait pas pour m>empire. Vous vous apercevez que le précepteur a bon appétit. Vous l’avez pe llt 'être déjà accusé, du plus vilain des sept péchés capitaux. Parce qu’il mange de tout,vous vous êtes dit : c’est un glouton! Infâme calomnie! En effet, ce que vousprenez pour un acte de sensualité, n’est rien autre chose qu’un poignant mar-tyre; eh! ne voyez-vous pas qu’il n’ose rien refuser, le malheureux! C’est dansses principes une malhonnêteté à faire. Après le repas, il passe au salon P ole 'mêle avec les dames sans offrir son bras à aucune d’elles. Le jour où il se p er 'mettra une pareille galanterie, il se croira le plus audacieux des don Juan. Il prendplace sur le canapé pour 11e pas priver le sexe des chaises et des fauteuils. Qud'quefois, pour se débarrasser de lui-même, il se plante en contemplation devant untableau, ou regarde à la fenêtre par manière de rêverie. La Gazette est une de se»grandes ressources ; il feuillette aussi volontiers les cahiers de musique. En honiin 0discret et qui sait vivre, il ne se mêle a point aux différents cercles , ne prend jania' spart à la conversation, et s’esquive à petit bruit, le plus tôt qu’il peut. Il regard 0comme la dernière des incongruités de se chauffer, le dos tourné à la cheminée enrelevant les pans de son habit. Se croiser les jambes, et s’étendre insouciamnient aufond d’une bergère est une indécence qu’il 11e pardonne pas, et blâme hauteme " 1
comme un des plus insignes abus du siècle des lumières. Pour joindre la pratiq ,iela théorie, quand il est assis, il se tient raide et tout d’une pièce sur le bord de sachaise. Vous le verrez donnerencore dans mille autres travers. Le chapitre de sesga"'cheries vous prêtera à rire plus d’une fois sans doute. Il vous amusera longtemps deses bévues, et cela sans mauvaise intention, sans malice aucune, le pauvre garço" ‘Encore une fois ne lui en voulez pas !
A côté de ces défauts, brillent de précieuses qualités. Le précepteur est d u° cdouceur angélique et d’une rare bonhomie. Figurez-vous que son élève lui fait h"'pression. Aussi l’appelle-t-il M. Eugène, M. Arthur ou M. Raoul. Il l’amadoue ,' 0cajole, le trouve charmant, enfin le gâte jusqu’à la moelle des os ; le tout, par r °*pect pour sa naissance. C’est vraiment une bonne fortune pour un lils de haute lig nf ®qu’un précepteur. Il est toujours dans les meilleurs termes avec lui. Des congés ® 11tant que d’heures par jour ! Jamais de punitions! Le système d’un précepteur necomporte pas. C’est au cœur que le précepteur s’adresse; il veut tout obtenir P alla voie des sentiments. Je vous défie de lui arracher un renseignement au désava 11
tage de M. Arthur. M. Arthur est un terrain précieux à cultiver; c’est un en
fant
d’une espérance gigantesque ; il promet à la patrie un citoyen distingué. M.
Artl>° 1 '
s’acquitte de ses devoirs dans la perfection. Il sait très-bien ses leçons, expliq ue
très-
bien son latin, dessine très-bien, chante très-bien, botanise très-bien,est très-bonn L ’très-gentil : rien que des superlatifs ! Réservé à l’élève de les démentir quelque' 0 *^Ainsi par un beau jour il vous prend fantaisie de sonder le terrain. Vouspe
i ; néti' cZ