194 LE SOCIÉTAIRE DE LA COMÉDIE-FRANÇAISE.
chlamydc, du cothurne et de l’habit brodé n’étaient point encore arrivées à leurterme !
Le drame vint... le drame avec sa bonne dague de Tolède , ses moustaches re-troussées, sa chevelure pendante, son chaperon posé sur le coin de l’oreille, ses jure-ments de par Dieu et maître Satanas. Il s’empara brutalement et victorieusement cluterrain qu’on avait abandonné par pitié à la tragédie et à la comédie. A la vue dece croquemitaine littéraire, les deux chastes sœurs s’enfuirent vers la capitale, ouelles entrèrent par la barrière des Martyrs.
Quant a Aristide, sa douleur fut sans égale. Il versa des larmes amères, se cou-vrit la tête de cendres, et résolut de quitter la scène plutôt que d’accepter un rôlemoyen âge. « Moi !... échanger le casque de Pyrrhus contre le castor d’Antony , et latoge d’Horace contre l’ignoble jaquette de Buridan ... Non... jamais ! jamais ! »
Après ce court et chaleureux monologue, Aristide tourna h son tour les yeuxvers Paris .
A Paris, rue Richelieu, tout près du Palais-Royal , se trouvait un grand établisse-ment dramatique, appelé la Comédie-Française. La, grâce à une subvention dupouvoir, la tragédie se jouait encore ; je me hâte d’ajouter que ce n’était que pour leforme. Vous vous souvenez tous de ces déplorables soirées, dans lesquelles les grandsmaîtres de notre scène étaient périodiquement immolés sur l’autel de la médiocrité;vous vous souvenez de ces héros a la voix chevrottante et aux gestes compassés, deces amoureux de quarante ans qui débutaient sans cesse, de ces décors fanés etpercés 'a jours, de ces huit gardes aux pantalons de tricot blanc et aux hallebardesrouillées, de ce public enlin composé de trois vieux habitués qui venaient faire unpetit somme dans leur stalle et de la famille des ouvreuses de loges, des machinisteset des pompiers. Ce serait une bien curieuse et bien grotesque histoire à écrire quecelle de la tragédie a cette époque, de la tragédie si heureusement ressuscitée au-jourd’hui. L’énergique et spirituel crayon de Daumier a déj'a esquissé quelquestraits de ce tableau. On ne saurait rien voir de plus épouvantablement vrai que le sphysionomies de ceux qui s’intitulaient, il y a quelques années, les interprètes deRacine et de Corneille, les héritiers de Lekain et de Talma. Daumier les a toutes sai-sies sur la scène, c’est-à-dire au moment du flagrant délit. C’est bien la décrépitudeprise sur le fait, c’est bien l’école de déclamation traduite au tribunal de la charge)c’est bien la médiocrité conventionnelle mise au pilori. — Ce monument restera;c’est de l’histoire.
Certes, nous venons d’apprécier à sa juste valeur, peut-être même un peu dure-ment, l’hospitalité donnée par messieurs de la Comédie-Française à la tragédie apressa fuite devant l’épée flamboyante et les grandes phrases du drame moderne. Maisquelle qu’elle fût, cette hospitalité exerçait bien des séductions sur l’esprit d’Aris-tide, ce Français qui ne savait pas trop s’il était plus Grecque Romain. Il fallait ab-solument qu’il pénétrât, lui aussi, dans le sanctuaire de la rue de Richelieu.
11 fit tant et si bien que, grâce à la protection d’un sociétaire émérite q u 'lavait souvent servi dans ses représentations de tournée en jouant à côté de luetout chef d’emploi qu’il était, mais dans une pensée d’avenir, les rôles les pi"*