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LE SOCIÉTAIRE DE LA COMEDIE-FRANÇAISE.
son épée comme Lagrange, s’asseoir comme Molé, marcher comme Damas , semoucher comme Préville , parler comme Bellerose. Aristide vous apprendra au justeavec quelle inflexion de voix Lekain disait le qu’il mourût ! et combien la Clairon mettait d’intervalle de respiration entre ces deux hémistiches :
O haine de Vénus !-ô fatale colère !
Si vous lui demandez par quelle voix ces traditions sont arrivées jusqu’il lui,il se contentera de hausser les épaules et de vous lancer ce mot •. traditions! Sivous lui faites observer que les saines doctrines se sont peut-être corrompues P :l1 'une transmission infidèle, que telle ou telle inflexion de voix qui était aiguë en1720 , a bien pu, apres avoir passé de bouche en bouche , devenir grave et mêmetrès-grave en 1840, il vous jettera toujours dédaigneusement la même réponse.
Vous voyez bien que M. Aristide, l’homme aux traditions et aux saines doc-trines, est très-apte a devenir professeur de déclamation. Aussi nes’en fait-il faute-En attendant que le gouvernement songe enfin à lui donner une classe au Conser-vatoire et a lui faire confectionner des automates aux frais du budget, il tientécole chez lui. Il a des élèves des deux sexes. De petits Mithridates , des Monimesen herbe, des Assuérus en première fleur, poussent pêle-mêle dans sa serre chaudedramatique. Toutes les prétentions théâtrales qui grouillent sur le pavé de Paris et des quatre-vingt-six départements. trouvent asile chez lui. Etudiants eii droitde dixième année, fleuristes et chamarreuses pleines d’ambition , jeunes artisanssans ouvrage ou plutôt sans courage, femmes de loisir équivoque qui veulentmettre leur beauté en étalage sur la scène, s’y donnent fraternellement la maie-— Aristide est magnifique dans l’exercice de ses fonctions d’instituteur ; il prendune contenance plus superbe que jamais, se drape dans sa robe de chambre »rainages et la brochure à la main, arpente d’un pas majestueux sa longue salled’exercice. Prêtez-bien l’oreille à ses observations :
— Monsieur Alfred, c’est ici que feu Dazincourt levait la jambe droite et pirouettaitsur lui-même! Diable! n’y manquons pas.
— Allons donc... mademoiselleHerminie... mettez-moi la les deux soupirs d’uneseconde chacun que se permettait la Dumesnil... ça repose...
— Ah ! monsieur Polydor, ce n’est pas dans cette posture que Brizard recevait l pscoups de bâton de Scapin... Il faisait dos rond... On les reçoit mieux de cette façonet la situation est plus comique... Vous, vous rentrez en vous-même comme si vousaviez peur... Ce n’est pas ainsi qu’on joue la comédie, mon cher monsieur...
Aristide fait tous les six mois au moins débuter un de ses élèves, mais jam a,sdans son emploi; ils obtiennent tous le môme succès, c’est-'a-dire qu’ils sont enga-gés... a retourner dans le sein de leur famille dont ils sont appelés â faire l’ornement-Ces échecs fréquents et successifs ne découragent pas M. Aristide; il se contentedire qu’il n’a pas la main heureuse. Et voici de quelle façon il console, après le 111disgrâce, ses élèves des deux sexes :
Jeune homme ou jeune fille, vous n'avez rien â vous reprocher... vous étiez in |,M