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LA CANTATRICE DE SALON.
les femmes (le notaires, d’avocats, de médecins, de capitaines d’état-major et de jour-nalistes , chez les vieilles comtesses ruinées demeurant au quatrième, et chez lesépiciers-propriétaires demeurant a l’entre-sol ; enlin chez tous les gens qui, lorsqu d sreçoivent, vous donnent du sirop de groseilles, et qui font des parties pour all era Saint-Germain par le chemin de fer, on est sûr de rencontrer au moins une, etbien souvent plus, de ces petites fdles qui ne savent qu’une chose : le moyen derendre plus insipides et plus insupportables encore, par leur manière de les chanter,les romances de madame Puget et de M. Grisar, qui pourraient bien, a cet égard-l a >se passer de leurs efforts.
On peut diviser toutes les cantatrices de salon en deux classes : celles qui ne chan-tent qu’un morceau, et celles qui chantent lou(. Il y en a beaucoup parmi ces damesqui sont connues par un morceau qu’elles répètent constamment : madame de C. nepeut chanter que le finale (YAnna Bolena; mademoiselle de J. affectionne l’air de h*Norma; madame N. chante toujours la cavatine de la Soimambula; madame R- ' aPolacca des Purüani. Il serait plus court, ce me semble, d’appeler ces dames parnom de leur morceau favori ; on dirait Anna Bolena, Norma, la Sonnambula,Polacca, etc., et l’on saurait tout de suite a quoi s’en tenir avec elles. Quant aux eautatrices qui chantent tout, elles sont bien plus nombreuses (non que je veuille direque celles qui ne peuvent chanter qu’un morceau soient rares), et plus dangereuseque les autres : car au moins, avec la cantatrice a un seul ressort, on est sûr que, UIiefois l’air de prédilection fini, elle n’ouvrira plus la bouche de la soirée ; tandis que 1®®universalistes ne vous laissent pas un instant de paix. Elles furettent partout afintrouver des morceaux qu’elles ont étudiés fort longtemps, et qu’elles chantent en xoU sjurant qu’elles les voient pour la première fois. Quand elles ne trouvent rien, ellesrappellent toutes sortes d’andantes et de caballètes dépareillés par cœur, et si une f° lSelles se mettent en train de faire cette mosaïque musicale, elles n’en finissent pl uS ’surtout si vous ne les avez pas priées de chanter. Il est à remarquer que la caI1tatrice de salon ne chante jamais quand on l’y engage, et ne cesse jamais quand on ° el’y engage pas, et les chanteurs et cantatrices de nos jours sont ce qu’ils étaient dutemps des Césars. Ce qu’il y a de bien plus terrible encore chez la cantatrice qui chan te(ont, c’est la man i e de déchiffrer : ceci est un horrible guet-apens, et, a juger d’ap reS
ceu*
les apparences, doit être aussi ennuyeux pour la cantatrice elle-même que pour c ^qui écoutent. Dès que la cantatrice de salon commence a déchiffrer, elle devimyope, et tousse comme une poitrinaire dans tous les endroits difficiles,beau se coller le nez sur la partition, plus elle avance, moins elle voit; elle auavaler de l’eau sucrée, la toux continue avec la même opiniâtreté, et ne cesse Tlorsque dans sa partie il se trouve une note a l’unisson avec les autres voix, et T ulors, comme preuve de bonne volonté, elle se fait un devoir de chanter avec une tassourdissante.
Il est évident que le chant est très-préjudiciable à la santé ; car, de toutes ceset brillantes cantatrices que nous couronnons dans nos salons (et dont quelques-Ont Pair de se porter même trop bien, si on ose s’exprimer ainsi), il n’y en a pas ,qui n’ait ses attaques de nerfs, ses palpitations de cœur, ses évanouissements ^ re
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