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Tome second.
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206 LA CANTATRICE DE SALON.

de Staël, le génie n’a pas de sexe, il est également certain que la femme chantanten’a pas d’âge.

She is not of an âge, but for ail tijne.

Nous avons vu des exemples très-remarquables de cantatrices de salon qui n’ a 'vaient que trente-six ans, et dont les filles aînées en avaient vingt-quatre.

La cantatrice de salon n’est jamais dans son beau jour ; plus elle est applaudie;plus elle a de succès , moins elle se porte bien ; et quand on lui fait des coinph-ments, elle répond avec un soupir : « Ah ! je ne suis pas dans mon beau jour au-jourd’hui ! » Je délie qui que ce soit de prouver qu’il ait jamais entendu une deces dames admettre qu’elle fût dans les conditions requises pour bien chanter ; Bn’y a qu’un moyen possible de le lui faire dire : c’est lorsqu’elle a plus mal chantequ’à l’ordinaire, et que vous ôtes assez son ami pour lui en faire la remarque : Best sûr que dans ce cas-là elle vous dira avec un sourire où, à la colère pour votremaladresse, se mêle le mépris pour votre jugement : « Je vous demande pardon ,mais vous vous trompez complètement, car je. n’ai jamais été mieux en voix, etje n’ai jamais chanté mieux que ce soir. » Ce qui est fort souvent d’une véritéincontestable.

J.a cantatrice de salon ne prend des leçons de personne. Si vous lui demandez lenom de son maître, elle vous répondra froidement qu’elle iravaiile avec M. Bor-dogni, ou M. Géraldy ; M. Banderali, ou M. Carulli ; absolument comme les jour-naux disent que le roi a travaillé avec messieurs les ministres de la guerre ' ajustice et de l’instruction publique.

Elle chante dans toutes les langues. Elle passe de l’air italien à la romance fr® 11 'çaise, de la romance française au lied allemand, de là encore au boléro espa-gnol , à la ballade écossaise , et si, besoin en est, à des airs russes, grecs, islandais ,indiens, lapons, esquimaux, chinois ou turcs. Plus la chose est bizarre, pl uselle est applaudie. La cantatrice ne comprend pas un mot de ce qu’elle chante,mais si par hasard il y a beaucoup de roulades dans le morceau, l’auditoire n emanque jamais de s’écrier : « Quelle expression dramatique ! »

Personne n’a moins peur que la cantatrice de salon , et personne ne prétend enavoir autant. A l’entendre, elle est l’être le plus timide qui existe ; elle a peur àetout, peur de la moquerie, peur des applaudissements , peur de ses rivales, p eUlde son maître, peur d’elle-même et de ses émotions, peur de nous et de nos coin'pliments ; en vérité, elle a tellement peur, qu’on ne conçoit pas comment elle f altpour chanter avec un aplomb si incroyable devant un public si nombreux.

On dit que rien n’est perfide comme la femme qui chante, que c’est la naturela plus féline qui existe, qu’elle vous attire pour vous égratigner, vous protège p° urvous perdre ; mais j’aime à croire le contraire , car j’en ai vu protéger des jeunespersonnes qui n’àvaient réellement pas le moindre talent, les méchants disaientque leur manque de talent était précisément leur meilleur titre à la protection Beces dames, c’est, possible ; mais aussi je les ai vues protéger des jeunes lB* es