250 Mi RHÉTOR1CIEN.
disse! —Je lui répondis : Bon voyage! et je déchargeai mon pistolet dans la poitrinede Lambert. »
« Es-tu bête, Chariot ! dit le colonel en interrompant son récit, crois-tu donc que I eveux te massacrer parce que tu destines tes premiers autographes a la collection demadame Gouin ? »
Je venais de tomber a la renverse dans mon fauteuil a la vue de mon billet doux<iue mon damné cousin avait fait sortir de sa cachette, attendu que pendant la der-nière partie de son histoire il avait fait des gestes désordonnés.
Voila tout ce qu’il en fut pour ce jour-la. J’allai me coucher avec l’intentionm’enfuir au plus vite, et le lendemain matin, pendant que j’étais a plier bagage, nio»hôtesse entra dans ma petite chambre avec son fils aîné qu’elle tenait par la main-Elle me dit tout uniment, avec douceur, mais avec un air de franchise et de fermejedéterminée : — Je viens pour vous restituer je ne sais quel papier qui est dans cet eenveloppe où vous n’aviez pas mis d’adresse,et dont nous ignorons le contenu. Vous voyez(jue le cachet en est resté bien intact? Maiscomme vous n’avez et n’aurez jamais aucuneraison pour nous écrire ici, mystérieusement,d’une chambre a l’autre, reprenez votre let-tre , mon bon Charles, et ne pensez pas a nousquitter avant la fin des vacances. — Mais,voilà déjà huit heures et demie, dépêchez-vousdonc, et n’oubliez pas que votre cousin vousattend pour aller chasser sous bois. — N’allezpas oublier non plus de m’apporter des per-venches et des germandrées pour votre bou-quet du soir,... après la marche des Puri-tains, mon ami,... comme à l’ordinaire... »
Elle me souriait, cette belle Constance et cetteexcellente femme! elle me souriait avec unesérénité charmante, une simplicité naïve ; et,comme je connais ton bon cœur et ton indulgence pour moi, je t’avouerai q ue Javais les larmes aux yeux...
— Cela m’a fait penser, me dit encore le rhétoricien, cela m’a fait obserque pour être mis au fait des mœurs françaises au dix-neuvième siècle, d ebon de ne pas s’en rapporter aveuglément aux comédies de M. Scribe etM. Duport.
EUGENE DE VALBEïEIM.