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L'HERBORISTE.
est sceptique : bienheureux les pauvres d’esprit, la médecine leur appartient ! Lepharmacien, analyste profond, a tout passé au creuset de son savoir : sa dignité serefuse à vendre du tilleul ; l’herboriste ne sait rien, n’approfondit rien, mais il vendde tout : il professe une foi aveugle a tous les remèdes ; il en crée quelquefois, tantil lui répugne d’anéantir sa profession. 11 est persuadé que laconsoude consolideles plaies; que la pulmonaire cicatrise le poumon, et qu’on guérit de tout en usantde racine de patience.
Voyez sa maison, c’est un système, une page écrite par M. de Jussieu, des rayonsétiquetés au hasard et d’après Linnée ; il est philosophe sans le savoir, botaniste p arintuition, naturaliste par état; il est décorateur par instinct: la gaude jaune ouviolette associée à la sèche forme ses armoiries; sa devanture est comme la préfacedes richesses naturelles que recèle son intérieur. Sterne se serait arrêté à son étalagepour y observer les progrès de la végétation. L’herboriste est la nature elle-mêm epour les trois quarts de Paris . Corniche, plafond, banquettes, sièges, comptoir, galeries»tout dans son répertoire se rattache plus ou moins 'a la famille des graminées, t®® 1est chez lui matière médicale, jusqu’à sa figure, qui est purgative au suprême degre-Sa collection contient, outre les fleurs de la création, celles que la botanique a inven-tées. Le pavot y domine comme dans les romans nouveaux. Parmi ces végétaux q uePart a décimés sans mesure et sans choix, peut-être trouverait-on encore
De quoi faire à Margot pour sa fête un bouquet.
C’est une exception. L’herboriste est galant, bon père, bon époux ; mais ses ten-dresses conjugales par excellence se traduisent en livres de chocolat : il cède 1*treizième à sa moitié ; il donne un oreiller de fougère à son premier né. Sou inlérieu 1est un musée botanique dont il est la première plante. Pour être moins répandu q utl’épicier, l’herboriste est-il moins encyclopédique? A-t-il moins pourvu aux besoin*de l’espèce ? moins étudié la physiologie de cet être maladif, doublé d’infirmités ong 1 "nelles, de l’homme enfin? Inféodé aux migraines, aux catarrhes chroniques, allipleurésies, a cette succession de phlegmasies aiguës, qui, puissamment seconde eSpar la médecine, finissent par dépeupler un quartier, l’herboriste possède encore unarsenal contre les maux passagers, qui sans compromettre l’existence la condamnea tant de prosaïques nécessités.
Voyez-le se mouvoir dans son intérieur, voué aux soins exclusifs de sa profes sl011 ’animé de cet amour de l’art qui rend honorables tous les emplois, de cette dign*^personnelle qui recommande les plus modestes travailleurs; on peut être ministi®nôtre pas aussi occupé que lui. Règle générale : le commerce, qui n’a aucune espè ced’égard pour ce vassal de la vente en gros, lui jette ses produits bruts, ses marchand! 8 ®,crasseuses, son gramen chevelu, ses racines immondes, ses tiges souillées d'«H uV ’° oS ’l’herboriste en est le purificateur et le grand-prêtre : la guimauve sort de ses mblanche comme l’ivoire, la gomme arabique taillée a mille facettes, transpm' elcomme lesuccin : une duchesse s’en accommoderait pour peu quelle fût enrhuffl®®Forcé de s’approvisionner chez le droguiste dont l’aveugle incurie, mêle, conlo >