L'HERBORISTE. 255
altère tout les produits, l’herboriste émonde et purilie tout ce qu’il en reçoit, sanstoutefois pouvoir émonder le droguiste lui-même.
Grâce à un soin religieux, 'a une propreté méticuleuse , ennemie d’un simpleatome, à des précautions hyperboliques, a une dévotion d’artiste, il parvient a logerdans une officine parfaitement nette des plantes encore plus nettes; il met son amour-propre a leur conserver l’arôme, la couleur, le port, l’allure coquette qu’elles tien-nent de la nhturc. Il n’ajoute rien d’extra-légal à une infusion, il peut être consi-déré comme un correctif puissant de la médecine. Pharmacien au petit pied, médecinln partibus, il est tout ce qu’il peut être. 11 ouvre sa porte aux schismatiques, auxniécréants, à ceux qui ont perdu leurs illusions en médecine et qui ne croient plusfln’â l’herboristerie.
L’herboriste n’aime pas le pharmacien. La confraternilé suppose toujours l’égalité.Mais ils s’entendent dans des vues également honnêtes et philanthropiques. Passez-moila casse, je vous passerai le séné ( il y a vraiment des herboristes qui ressemblent a desgens d’esprit ) ; envoyez-moi la grande clientèle, je vous céderai la petite. L’herbo-riste, qui veut bien vivre avec son voisin, lui adresse tout ce qu’il n’oseraitexécuter de son chef, d’ordonnances par trop hermétiques. L’autre met à sa disposi-tion tout le menu fretin de clients qui pourraient le déranger sans l’enrichir. Fiez-v ous à lui, dit l’herboriste, c’est le premier homme du monde pour les juleps.^-Croyez aveuglément en ses végétaux, dit le pharmacien, sa mauve ne saurait êtresurpassée. L’un , en effet, ne peut loger tout son savoir dans son officine,l’autre,toute sa profession dans son cerveau, lis forment une ligue offensive et défensiveavec primes de part et d’autre ; et, toutes tricheries a part, ils vivent cordialementet purgent a frais communs.
Mais, en présence du jury de la Facullé, que de ruses, que de perfidies, que delaudes permises, que de remèdes inavoués , que de conserves inédites, que d’ar-canes et de talent agréablement dissimulés! L’école de pharmacie interdit absolu-ment le savoir à ce commerçant; elle inventorie son répertoire thérapeutique. Elledit à l’herboriste : Tu n’iras pas plus loin!... Patenté pour le débit des plantesUsuelles, il ne peut pas plus se permettre la thériaque, qu’un théâtre de vaudevillei e grand opéra, un bizet les épaulettes de colonel, un pauvre une voiture à quatrechevaux. Soupçonné, jn'oh pudor! de vendre des remèdes officinaux, cette victimedes règlements qui régissent la matière va au devant de la prévention par l’étalagefantastique de tous ses attributs botaniques. Un flair particulier l’avertit de l’ap-Proche du jury. Il se pavoise ce jour-l'a de plantes trop fraîches pour appartenirà un pharmacien. Devenu liane flexible, il enlace les inspecteurs; et ouvre ses tiroirsflans le but de jeter de la poudre aux yeux de la Faculté. —Moi pharmacien ! voyezma bourrache et mon chiendent, ces véroniques en pleine fleur, ces rouges centau-res les trouveriez-vous aussi belles ailleurs que chez moi? Pharmacien ! j’en suis in-capable! pharmacien, non, jamais !... Le délinquantse fait herboriste autantque pos-sible ; il entrerait volontiers dans un bocal. Lavenette passée, il reprend son diplômeet ses airs avantageux ; a l’entendre, il est passé maître en toutes sortes de sciences,cl a tous les droils possibles pour voir l’humanité sous sa vilaine face au moins.