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Tome second.
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234 L’11 ERBOIWSTE.

Ainsi riierborisCe esl four à (our, comme Sganarelle, savant ou homme primitif;herboriste seulement, ou praticien consommé, c’est selon ce qu’on lui veut. 11 passepour un Salomon aux yeux de la pratique, pour un crétin en présence de la Fa-culté: il y a sans doute exagération de part et d’autre, mais il trouve égalementson compte à ces deux emplois. Bonhomme au demeurant, il possède uu faux savoir,une fausse ignorance, un faux orgueil, une fausse modestie, de faux tiroirs, unefausse enseigne et un faux toupet. Il fait de la pharmacie sans avoir l’air'd’y toucher,et se place parmi les industriels qui ont un métier qu’ils avouent, pour en cacher unautre qu’ils n’avouent pas. 11 germe a Paris , il germe en province. Homme de pré-tention modeste et d’un sans-gêne universel avec le client, il ne s’enveloppe pointde mystères et d’hiéroglyphes ; il est populaire, et a la portée de tous.

Bien convaincu de son infériorité relative et de son savoir absolu, l’herboriste neheurte jamais de front les grands dogmes médicaux ; mais il a une thérapeutique ason usage, qu'il adapte in extenso'a tous ceux qui lui dispensent un brevet decapacité. Il mine sourdement la puissance du médecin par des cures miraculeuses.C’est l’abbé Châtel de l’art de guérir. Le diplôme de l’herboriste se compose de toutce que le médecin est obligé d'ignorer, sous peine de passer pour incapable.

D’où vient cette affluence dans son herboristerie , à l’approche du moindre fléau,de la plus légère épidémie? De ce qu’il ne surfait jamais une indisposition , èt qu’ilguérit au prix coûtant. Il est né de ce besoin qu'éprouve le vulgaire d’être maladeà peu de frais. Remèdes, tant indigènes qu’exotiques, sont par lui livrés sansbénéfice; il se rattrape sur la quantité. On n’a pas a craindre de mémoire de sapart ; il fait crédit de la main a la main. Or, le mémoire est une invention diaboli-que; le mémoire a tué le pharmacien en abolissant le client; le mémoire a eu legrand malheur de passer en proverbe; le mémoire d’apothicaire est resté ce qu’il Y aau monde de plus suspect et de plus diffus, après plusieurs autres mémoires con-temporains.

Un homme dont le savoir n’a presque rien d’officiel, ne doit compter que peu degrandes maisons dans sa clientèle : les hautes classes ont leurs invincibles répu-gnances; elles traitent les maladies par actes authentiques et notariés. La religi° ndu cachet, le sceau à la cire rouge , qui font article de foi chez'le pharmacien, n’ontrien de commun avec le débit élémentaire de quelques plantes sans importanceet surtout sans danger. Un pharmacien doit signer ses médicaments; on se défie moinsde l’herboriste, il peut garder l’anonyme.

On dit que l’herboriste flatte les préjugés, qu’il popularise des croyances absurdes-lin peut-il être autrement, puisqu’il les partage (tant d’autres en propagent sansles partager !) ; puisqu’il n’a pas encore fabriqué de casier pour les nomenclatureschimiques; puisque son cerveau se montre réfractaire a toutes les découvertes d el’Académie ; puisque l’eau continue de lui apparaître comme un élément, la teriecomme un corps plus ou moins opaque qui salit les plantes; puisqu’entin il p° rtedes bas chinés, une redingote noisette comme par le passé; puisqu’il possède dessimples de père en fils, et qu'il y a toujours eu des simples dans sa famille ? En ie-vanche, on lui doit la conservation de l’en h des Carmes et de tant de précieuses te-