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LE COMPOSITEUR TYPOGRAPHE.
disculper entièrement du défaut précité. Je ne serais pas cru si je disais qu’il faitpartie de quelque société de tempérance et de sobriété. Je sais qu'il est de ceux quidisent :— Deux mauvais dîners tiennent bien dans le même ventre. Assez jeûne quimal dîne , et —Vin maudit vaut mieux qu'eau bénite. Néanmoins, je réclame pourlui l'indulgence. Ce défaut est une conséquence de son caractère expansif, de soncœur débordant d’affection. L’avez-vous vu seul a une table d’estaminet ou devantun comptoir de marchand de vin? S’il quitte fréquemment son ouvrage, c'estpour régaler un ami; s'il passe des journées entières entre les cartes et la bouteille,c’est pour ne pas se séparer des amis; s’il met toute son attention à diriger unequeue de billard, c’est pour enfoncer un ami. Vous l’accusez de rechercher avec avi-dité toutes les occasions possibles de dérangement? Mais s’il consulte l’almanach,c’est pour trouver le jour de la fête d’un ami, afin de la lui souhaiter. N’est-il pasnaturel que celui-ci fasse preuve alors de savoir-vivre? Chaque fois qu’il achètequelque chose de nouveau, une blouse neuve : « C’est bien sec, disent en chœur leamis, il faut arroser cela! » Résiste-t-on a de telles paroles? Il a institué dans l'annéeune multitude de jours de chômage, c’est vrai. La Saint-Jean d’hiver, la Saint-Jean d’été, la Saint-Jean Porte-Latine, le moment qui commence les veillées, celuiqui les voit finir, sont autant d’époques où il est indispensable de prendre lu barbe,c’est-à-dire de s’enivrer.... c’est vrai, et je m’en tiens a ce que j’ai dit, c’est pour leplaisir d’être en société. Mais, nous répélera-t-on encore, il fait des libations jusquesur la tombe de ses amis ! Un convoi auquel il assiste ne se termine pas sans une dé-bauché! Quel scandale!... Aimez-vous donc mieux qu’il allonge une mine hypo-crite? Et puis, est-il bien prouvé que le jour où l'homme meurt ne soit pas sonjour le plus heureux? D’ailleurs les anciens ne célébraient-ils pas le trépas de ceuxqui leur étaient chers par des festins et des divertissements? Brillat-Savarin a ditdepuis longtemps: « Les animaux se repaissent; l'homme mange; l’homme d’espritseul sait manger. » On pourrait dire que, parmi les ouvriers, le compositeur seulsait boire. L’imprimeur s’administre solitairement des doses effrayantes d’un liquidefrelaté; mais la quantité pour lui, c’est tout. Le compositeur se connaît en crûs;autant que ses finances le lui permettent, ce sont les qualités supérieures qu dchoisit. D’ailleurs, lui qui a éprouvé tant de mécomptes, il faut bien qu’il noie sesréflexions, qu’il tue sous des sensations grossières certains souvenirs douloureux,qu’il cherche a étouffer des facultés vivaces et créatrices dont il lui est a tout jamaisinterdit de tirer emploi. Le cabaret, mais c’est son athénée , son théâtre, son salon-S’il le fréquente, c’est que les jouissances plus nobles lui sont prohibées, et que,a défaut d’autre poésie, il accepte celle de l'ivresse!
Une autre accusation, dont cette fois je crains que tout mon zèle ne soit impuissantà sauver mon client, c’est celle d’être parfois en retard pour payer ses dettes. M<d"heureusement cette imputation est motivée. Le compositeur ne compte pas toujours,ce n’est pas un homme à ranger sa vie en tiroirs, a étiqueter ses actions, à tenir deson temps un journal minutieux, comme un étudiant de Leipsick ou de Goëttingue -Son bon cœur, son besoin d'amitié l’emportent, et quand vient le jour de la banquec’est-à-dire le jour où il reçoit le salaire de la quinzaine, il se trouve que le doit