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Tome second.
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LE COMPOSITEUR TYPOGRAPHE .

dupasse l’avoir, que la recette est plus qu’absorbée par la dépense. Cela se conçoit, sil’on réfléchit que le compositeur est aux pièces, qu’il n’est rétribué qu'en propor-tion de sa tâche, et que son gain dépend de son assiduité. Ordinairement, lorsqu’il®des dettes, il travaille quelque temps avec ardeur et sans se déranger; c’est ce qu’ila Ppelle être dans son dur. Mais, par guignon, il arrive souvent que, narguantsa bonne intention, l’ouvrage manque tout a coup. Le samedi de banque donc,a la porte de l’imprimerie sont embusqués des individus prêts a se jeter sur lePassage de l’imprévoyant débiteur. C’est le tailleur, le chapelier, le bottier, leSargolier. Ils sont désignés sous la dénomination pittoresque de loups. Alors one 'itend crier de toutes parts : gare aux loups! Une fois son argent reçu, lecompositeur paie les dettes qui lui semblent les plus essentielles : c’est le mar-chand de vin et le gargotier où il pourra retrouver de l’œil, c’est-à-dire ducédit. 11 ne lui reste que quelques pièces de monnaie, et il les consacre exclu-sivement à faire la noce. Il n’est pas thésauriseur, lui, la monnaie ne s’oxyde pasdans sa poche; le chemin du Mont-de-Piété lui est bien plus familier que celuidelà rue de la Vrillière. Le tailleur et les autres fournisseurs d’habillements do-delinent presque toujours ses victimes. Les sommes qu’on leur doit sont trop fortes,'* n’y a pas moyen de solder tout. Alors, plutôt que de donner un faible à-compte,ne vaut-il pas mieux faire le dimanche une petite partie qui aide à dissiper l’ennuide la semaine?

Hâtons-nous de le rappeler , ce que nous venons de dire n’est pas d’application ab-s °lue. Beaucoup de typographes ne fréquentent ni les tripots ni les marchands deV| n, et paient exactement leur tailleur. lisse rappellent que jadis leurs devanciersPortaient l’épée, ils ont à cœur de ne pas déroger. Nous en connaissons qui suivent“ssidùmcnt les cours publics, prennent des notes, et, dans leurs moments de loisir,s adonnent à la littérature. Quelques-uns font de la musique et excellent sur divers'nstruments. 11 en est qui sont poètes et poètes de talent. Qu'ul libi cum Ijra? LeGilbert du dix-neuvième siècle, Hégésippe Moreau , mort récemment à la Cha-r dé, était un compositeur. Pauvre enfant qui n'avait pas de mère ’a chérir, et que las °ciété abandonna. Malheureux ! qui n’eut de sympathie que pour le malheur ! Poèteflèi n’a chanté que le peuple.

C’est ici le lieu de parler de la plus vive, delà plus caractéristique, de la plusPersistante passion du compositeur. Une chose existe qui fait le sujet de ses rêves duJOlIr et de ses songes de la nuit ; qui (lotte incessamment devant sa pensée comme un1!| onde de lumières et de parfums; qui, chaque fois qu’il l’aperçoit, fait vibrer sesne ' Ts et battre ses artères. Cette chose tient plus de place dans sa vie que l’amour,1 u e la politique, que la bouteille même : c’est le but de ses projets, le point de mire

ses espérances. Devinez-vous? Non. Vous avez vu derrière nos théâtres une pe-porte mystérieuse, par laquelle entrent les acteurs, les figurants, les machinistes,,es auteurs et les personnes privilégiées. Vous y voilà. Il est incroyable combienCe de petite porte fait pousser de soupirsau typographe.il jette un œil d’envie sur tousCe Ux à qui elle livre passage. Parfois son regard foudroyant tombe sur la portière quiu * fait l’effet du dragon des llespérides. Que de tentatives n’a-t-il pas commises pourh. 55