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franchir ce seuil redoutable? Combien de fois n’a-t-il pas monté sur des théatrès de société ! Qui comptera ses débuts et ses chutes chez les frères Sevesle, aMontmartre et'a Montparnasse ! Que de courses il a faites pour porter des piècesa M. flarel, à M. Dormeuil, à M. Cormon, à M. Poirson, pièces qu’il s’étonne tou-jours de voir revenir avec un refus plus ou moins direet! Un jeune homme avaitfait remettre un manuscrit à Voltaire en lui demandant ses avis. Le grand écri-vain effaça seulement la dernière lettre du mot Fin et renvoya l’ouvrage ainsi mo-difié a son auteur. Messieurs les directeurs, plus concis encore, négligent de donnerun motif, et souvent pour cause. Alors , dans son désespoir , le féroce dramaturges’est rabattu sur le théâtre forain du Luxembourg; il a fait frissonner aux san-glantes péripéties de son drame l’élite des moutards du voisinage; il a fait couler leslarmes des jolies brocheuses, des sensibles blanchisseuses. 11 connaît les secretsde coulisse , la vie privée et scandaleuse des actrices et des acteurs, tout le mondeétrange et bigarré d'outre-toile. Les émotions de la scène, il les achèterait au prix deson sang. Romain, il eut crié plus haut que tous les autres : panem et circenses! Enattendant, il se mêle parfois à ces autres romains, qui manifestent pour l’art unenthousiasme peu désintéressé. Gall et Spurzhcim ont-ils créé une bosse pour 1*manie du théâtre? Je l’ignore ; mais si la phrénologie est une vérité, cette bosse doittoujours se trouver chez le compositeur. Il a ordinairement pour ami un acteur qu'ütutoie devant le monde. Rarement les billets de faveur lui manquent, et, lorsqu’il estparvenu a avoir ses entrées , son bonheur est au comble. Dans ce cas il s’attache aune figurante ou a une actrice qui partage avec lui sa gloire, ses 800 francs d’ap"pointement, et son amour.
Nous venons de prononcer un mot qui nous appelle sur un terrain délicat et sca-breux. Comment le compositeur traverse-t-il le désert delà vie? En d’autres ternies,quelles sont ses relations avec le beau sexe? Pour l’amour, le compositeur est le rivalde l’étudiant. Il partage avec lui les faveurs de cette adorable grisette qu’on trompetoujours et qui pardonne toujours. Mais il y a cette différence que l’étudiant est undespote orgueilleux et brutal, tandis que le compositeur est un amant tendre et dé-voué. Quoiqu’il s’astreigne rarement aux formalités d’un mariage en règle, H estprodigue de sentiment et sait être fidèle. On en a vu conserver la même passion de 5mois entiers! Le dimanche, vous le trouverez sous les voluptueux ombrages de 1®Chaumière ou dans les autres guinguettes de la barrière. Mais ce sont ces dernie rsendroits que le compositeur affectionne. L’a les frais sont modiques et ne dep® £ "sent pas ses moyens. Là il se dilate, il trône, il est chez lui. 11 écrase de son l llX<> >de son élégance, de sa prodigalité les ouvriers endimanchés. L’indifférence, 1®cruauté fondent à l’éclat de sa toilette comme la neige devant le soleil. Meures I ,enies, heures exaltées et fiévreuses où l’on oublie tout, travaux, chagrins, esd®vage, misère ! où l’on vit en une minute des jours, des mois, des années , tout ensemble et tout à la fois! On se croit riche et on l’est, car on n'a rien à envier ® u!iriches. Des lustres? En voici. De belles femmes? Regardez. Dans vos salons arist°cratiques en trouverez-vons facilement d’aussi suaves, d'aussi naturellement jolies-De la musique? Écoutez. Cet orchestre n’est-il pas joyeux comme celui de Musar »