280 LE SPORTSMAN PARISIEN.
» paroissse avec le sang-froid le plus barbare. Ce jeune ecclésiastique passait peur» aimer passionnément les chevaux, et l’on a découvert par les débats qu’il avait» commis ce crime atroce uniquement pour se procurer l’argent nécessaire a l’achat« d’un ouvrage en trois volumes in-folio, dont voici le titre :
Histoire de tous les chevaux qui ont remporté des prix aux courses en An-gleterre, depuis leur établissement jusqu’à la présente année, avec leurs généalo-gies très-équitables et leurs portraits ; on y a joint les noms des particuliers quiles montaient avec ceux des gentlemen à qui ils ont appartenu, et pour l a-grcment et l’instruction des lecteurs , on y rend un compte exact de tous les partspour ou contre.
» Sir John Railey, juge of King’s bencli et président des assises, a fait remarquer» dans ses conclusions que la passion du clergé anglican pour l’hippiatrique avait» été la source de soixante-sept condamnations infamantes pendant l’espace de» sept ans. »
— Qu’est-ce que tu penses de ceci? demandai-je a notre anglomane.— Shoching,me répondit-il, mq dear, verq shoching, dreadfullj shoching! et voila tout cequ’il en résulta dans son jugement.
On peut supposer aisément que la fatalité qui conduit le marquis à des résultatssi déplorables ne manque pas de peser sur lui dans les autres exercices qui formentla base du sporling character. Ainsi donc il est subitement épris de passion pourla chasse, il improvise une meute dans une de ses terres, devient la terreur de sesvoisins, et le fléau de ses métayers; il fait élever des renards pour se permettre lefox hunting : il nourrit des sangliers dans une de ses écuries.
Voici du reste, une ou deux aventures de sa vénerie dont nous avons été lesacteurs ou les témoins. Je me trouvais a la campagne en automne et dans le voisi-nage de son château, il m’invita pour courir un renard : l’animal apporté sur unepetite voiture, fut placé dans un fourré dont les chiens se rendirent bientôt les maîtresen violonnant comme des forcenés. Durant trois heures environ , nous galopâmesa leur suite et ils nous ramenèrent a l’endroit, même d’où nous étions partis : la^ snous annoncèrent par le redoublement de leurs cris que l’hallali s’approchait. Lepiqueur s'élance pour s’emparer de l’animal, mais le pauvre renard était déjà raidemort et froid comme une pierre, attendu que la frayeur ou la contrariété l’avaientfait succomber à une de ces attaques morbides appelées vulgairement paralysies. 1'n’avait pas bougé de dessus la motte de terre où il avait été posé, et nous, nous avionssuivi au galop une belette, une fouine, un blaireau,que sais-je? Un autre jour onavait lâché pour nous complaire un de ces sangliers si soigneusement élevés pour nosplaisirs. Les chiens accoutumés à son fumet et a la placidité de son caractère, ne sedécidèrent à le chasser que lorsqu’ils en furent sommés a grands coups de fouet •la chasse s’entaina enfin, mais ce fut tant bien que mal : il faisait le même jour unechaleur dévorante, et nous suivîmes pendant une heure a peu près, la voix de lameute. Tout à coup un silence profond et solennel succéda aux cris des chiens •meute et sanglier, tout était disparu , tout semblait tombé dans un abîme, et 1 011aurait dit que la terre avait englouti les chiens et 1e gibier : après une recherche