LE JOUEUR DE BOULES.
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Les joueurs de boules ne fabriquent pas leurs armes ; mais ils ne contient à nulautre qu’a eux-mêmes le soin de leur donner la plus grande perfection possible.Les novices, les commençants se servent encore de boules en bois sans aucune autrePréparation ; il arrive même quelquefois que des amateurs tièdes, n’ayant point dehoules à eux, en louent à l’espèce de cabaret-masure qui sert aujourd’hui de rendez-v ous aux joueurs. Mais un véritable joueur de boules a ses boules à lui, comme unguerrier a son épée ; ses boules sont soigneusement piquées de clous , de telle sorte•fu’elles conservent la même pesanteur avec une dimension moins grande, et présen-tonl ainsi'moins de prise au choc des boules ennemies. Par ce moyen on donne àtoutes les sections de la circonférence une puissance égale, qualité essentielle pourcalculer les effets d’un projectile. Mais la bonté des armes n’est rien sans la manièrede s’en servir.
On divise les joueurs de boules en deux classes distinctes : les pointeurs et les ti-reurs ; non pas que je veuille prétendre que le même joueur ne puisse réunir les qua-lités du tireur a celles du pointeur, mais il aura toujours une prédilection marquéePour l’un de ces deux procédés. On appelle pointeurs ceux des joueurs qui s’appli-quent a gagner des points en plaçant leurs boules le plus près du but, tandis que l’one niend par tireurs ceux qui lancent vigoureusement leur boule sur celles de leur ad-v ersaire mieux placées, ou même sur le cochonnet, aiin de changer, par son déplace-ment, les chances présumées des boules éparses sur le terrain. Les joueurs ne con-naissent ainsi leurs avantages ou leurs pertes que quand le nombre des boules res-toes au quartier est entièrement épuisé.
L’ofüce des tireurs quoique plus brillant, en apparence, offre peut-être moins dedifficultés que celui du pointeur ; leur action est toujours a peu près la même, tandisque les pointeurs ont tant de manières différentes de lancer' leur boule, qu’un obser-vateur attentif pourrait y reconnaître le caractère de chaque joueur. I/hommc mo-deste fait rouler sa boule terre a terre vers le but ; celui que domine la manie debriller lance la sienne en lui faisant décrire une parabole semblable a celle que décrittote bombe ; le grand art consiste, dans ce cas, a lui imprimer, en même temps qu’unetorce d’impulsion, une puissance de rotation contraire qui l’empêche de rouler tropf°*n du but.
On a comparé, non sans raison, le jeu de boules, proprement dit, h cet autre jeude boules que l’on appelle la guerre. Toutes les armes dont se compose une armée ys °nt en effet représentées. On a vu tout a l’heure le bombardier ; le tireur c’est l’ar-dlleur, chargé d’enfoncer de loin les rangs ennemis, tandis que la boule du pointeurest l’image de l’infanterie, dont la part est toujours si grande dans le gain d’une ba—toille. Les balles et les boulets, que sont-ils sinon des boules? Les opérations du gé-toe ne s’exécutent pas plus scrupuleusement sur un champ de boules que sur un champde bataille ; j’en atteste ces joueurs qui mettent un soin rigoureux a enlever unePierre malencontreuse, à faire disparaître une touffe d’herbe, enfin a aplanir lesobstacles comme le font les sapeurs mineurs. De cette similitude provient probable-ment le goût des anciens militaires pour le jeu de boules, dernière passion de nosbons vieux invalides. Parmi eux on compte des joueurs très-habiles ; on en cite un en-