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Tome second.
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existence. Car enfin, se dit-il, on se charge de procurer des cochers, des cuisinières,des commis, etc., mais lorsqu’un théâtre a besoin de sujets, je ne vois personne a quiil puisse s’adresser : il reste une lacune â combler. A moi donc les acteurs, a moi lesdirecteurs, a moi la tragédie, a moi la comédie, â moi la danse, â moi le chant ! A moitout ce peuple qui parle, chante, pleure, rit, grimace, sourit, gesticule pour amuserle public ! Et comme il faut que chacun vive, tout artiste placé par mes soins me paierala bagatelle de deux et demi pour cent. J’attendrai même, s’il le faut, pour être paye,qu’il ait touché ses premiers appointements. Oui, Messieurs, la simple et faible rétri-bution de deux et demi pour cent ! Entrez! entrez! Suivez le monde!

Mon individu ouvrit donc son bureau, se mit en correspondance avec les acteurset les directeurs, et prit naturellement le titre que vous savez. On l’a gratilié depuisdu sobriquet de marchand de chair humaine. Le premier commerçant de ce genre tüsi bien ses affaires, qu’au bout de quelques années il se retirait avec 15,000 livres derente. Paris compte en ce moment huit correspondants. Les plus en faveur sont

MM. I)***et C***. Ce dernier reçut dernièrement un fort joli cadeau de l’empereur de

Russie . L’autocrate, transporté d’aise à la vue des entrechats et des ronds de jambe demademoiselle Taglioni, envoya tout de suite â M. C***, qui est spécialement chargé desengagements pour Saint-Pétersbourg , une lettre des plus flatteuses, accompagnée d’unetabatière en or enrichie de pierreries.

Le correspondant fait peu d’affaires avec les théâtres de Paris , et cela par une raisontoute simple: nos directeurs n’engagent guère un artiste que de la main â la main e 1sur une réputation a peu près établie. Cependant il obtient parfois sur une de nosscènes le début de quelque célébrité de province. 11 se charge, lorsqu’un acteurdoit partir en congé, de traiter en son nom avec les villes qui veulent le posséder-Si Paris n’est pas approvisionné par lui, en revanche le reste de la France , la Bel'gique, la Prusse, l’Allemagne, l’Angleterre, la Russie et jusqu’aux Etats-Unis et »la Turquie sont inondés de ses envois. Il n’est pas sur la surface du globe, de ville-de bourg, de village, n’importe le degré de latitude, pourvu qu’il y ait une salle tlespectacle, qui ne soient parfaitement connus de lui.

O philanthropes ! vous frémiriez d’indignation s’il vous tombait entre les mains unelettre d’un directeur au marchand de chair humaine ! Pour ces deux hommes, l’acteurest une marchandise, un bétail dont ils trafiquent absolument comme on le fait desnègres dans les colonies ! Nul doute qu’ils n’en viennent bientôt, les infâmes ! à visd filla mâchoire de l’artiste afin de savoir au juste le nombre des molaires, des canin cSou des incisives qui en ont été extraites : chaque dent de moins fera diminuer le P 1 ' 1 'des appointements en raison de son importance. 11 n’est pas superflu de donner u'iun échantillon du style du directeur.

« Mon cher,

« Aucun des trois amoureux successivement expédiés par vous n’a réussi. b>premier avait les jambes cagneuses, le second le ventre trop gros et le dernier u"