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LE C 0 R II Ë S P 0 NI) A N T DRAMATIQUE.
Il( ' z d’un camard ridicule. On aime chez nous les jambes U peu près droites, lesllez idem et les ventres raisonnables. Guidez-vous là-dessus, et tâchez de nous envoyerquelque chose de bien. Que diable! nous y mettons le prix, il nous est donc permisd’être difliciles.
« N. B. Nous tenons aussi à une belle garde-robe : celle de votre dernier était beau-coup trop maigre. »
Une garde-robe bien montée est le complément obligé de tout comédien de province.S ans elle, point de salut possible pour lui ! C’est surtout au théâtre qu’on peut souventdire avec raison : « O mon habit, que je vous remercie ! » Mille acteurs ne doiventqu’à cela de se faire supporter du public !
I.e correspondant n’a jamais à craindre île se trouver à court de marchandises.Dli! mon Dieu , les artistes viennent à lui sans qu’il ait besoin de les chercher: àla nouvelle d’une place vacante, on les voit fourmiller par douzaines dans son anti-chambre. Aussi n’a-t-il que l’embarras du choix et la peine d’éconduire ceux qu’il nepeut pas ou qu’il ne veut pas placer: car il a ses protégés, ses clients d’affection, etd cherche naturellement à les pousser de préférence aux autres. Du reste, il se faitpeu d’ennemis, grâce à l’adresse merveilleuse avec laquelle il sait dorer la pilule auxmécontents. 11 dira à l’un : « .le ne t’ai pas envoyé là parce que tu y serais tombé, lePublic y est détestable, tous ceux qui y vont sont siffles ; » à un autre : « Ce n’est pas■on affaire, j’ai en vue quelque chose de mieux pour loi. » Enfin, à force de diplomatieil parvient à contenter à peu près tout le monde. Le parent du correspondant, s’ils’avise de suivre la carrière dramatique, est une véritable fléau pour le théâtre. Oh !alors, bon ou mauvais, il faut qu’on l’accepte. Est-il sifflé en comique? on le voit■ eparaître en premier rôle. Tombe-t-il en premier rôle ? il se relève en amoureux;lout lui est indifférent. A la lin, fatigué de le huer, le public n’y fait plus attention etle laisse gagner en paix ses quinze ou dix-huit cents francs.
Nous avons dit plus haut qu’il n’y avait jamais disette de comédiens pour le corres-pondant. Reçoit-il une demande ? il ne lui reste plus qu’à faire signer un enga-gement double à l’objet de son choix et à l’expédier, orné de sa garde-robe, par la'oie des messageries Laflitte-Cai 1 lard ou de lout autre véhiculé. On lui accuse réceptioneonime s’il s’agissait d’une balle de coton ou d’un tonneau de cassonade, et tout estdit : ses fonctions s’arrêtent là. Que l’acteur réussisse ou non, cela ne le regardeplus.
Nous devons même dire que scs meilleures pratiques, c’est-à-dire celles qui lui''Apportent non pas le plus de gloire, mais le plus de prolit, sont les acteurs qu’on abaptisés du nom de tombeurs. Trop mauvais pour être supportés nulle part, leur"télier consiste à aller débuter dans une ville, à s’y faire siffler, puis à gagner un autreaile après avoir palpé les appointements d’un mois, indemnité d’usage en pareil cas.