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IÆ CORRESPONDANT DRAMATIQUE.
— Allons, au revoir. Je compte sur vous. »
L’artiste est déjà sur l’escalier qu’on entend encore murmurer : « Dire que j’ai joueles premiers rôles à Strasbourg !... Gueux de directeurs ! chiens de directeurs ! » K 11sortant de chez le correspondant, le premier rôle de Strasbourg va retrouver quel-ques compagnons d’infortune dans le jardin du Palais-Royal , rendez-vous de pr°'dilection des artistes sans engagement. C’est la qu’ils se consolent de la rigueur dusort en maudissant de concert les directeurs et le public. Mais, remarquez-le bien,jamais ils ne se permettent la moindre excursion dans les cafés d’alentour : ils secontentent du rafraîchissement naturel que leur fournit l’ombrage des tilleuls. He-las ! le pont des Arts, ce pont qui par sa dénomination même devrait leur être ou-vert, n’est pour beaucoup d’entre eux qu’un affreux sarcasme. Heureusement qu oupeut vivre d’espoir : tous rêvent un brillant engagement et une large moisson decouronnes :
« Sans l’espérance, point d’avenir;
« Sans l’espérance, mieux v aut mourir »
La chanson dit vrai.
Revenons au correspondant. Il est plus difficile de savoir ce qui se passe dans soncabinet, lorsque c’est une actrice qui va solliciter. Nous ne voudrions rien aflirtuei'de crainte d’éveiller quelques susceptibilités; mais nous pensons que les honorairesde deux et demi pour cent ne sont pas les seuls bénéfices auxquels il puisse pré-tendre. Le soir, il fréquente assidûment les théâtres et ne manque jamais une pi’ e "mière représentation. La porte des acteurs lui est ouverte comme celle du publiaDans la salle, on le voit a l’orcliestre causer familièrement avec un journaliste :derrière le rideau, on l’aperçoit adossé contre un portant 1 , plonger sans façon sesdoigts dans les tabatières des artistes, qu’il tutoie presque tous, depuis le pl usignoré jusqu’au plus connu. Et ceci n’a rien de surprenant, car ces gens qui sontaujourd’hui l’idole chérie du public et des directeurs ont autrefois passé par sesmains, pauvres et sans réputation. C’est lui qui les a poussés dans la route, d 111leur a fait gagner leurs éperons. Personne ne pourrait publier des mémoires ph |! ’curieux : il sait tous les bons mots des acteurs en vogue, la chronique scandaleuse detous les théâtres, le nombre des amants de mademoiselle une telle, le chiffre exactdes dettes de telle autre.
Il n’est pas de gazetier mieux à portée que lui de recueillir ces bruits de coulisses;ces anecdotes de foyers et en général ces mille riens dont le public parisien est sifriand. Nombre d’artistes fameux ne dédaignent pas de le consulter sur un elfct aobtenir, sur la manière de terminer une tirade. Quelquefois il est ou il a été lui-mei> ltun acteur de plus ou moins de talent. Nous avons maintenant une célébrité d’un denos théâtres secondaires, qui est en même temps un marchand de chair humaineassez famé.
Portant, pièce de hois destinée a soutenir les décors.