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Tome second.
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LE GARÇON DE CAFÉ.

quelles se mêlent les odeurs, hermétiquement renfermées par les volets de l’établis-sement, du punch, du vin chaud et du haricot de mouton, que le propriétaire du lieua partagé à minuit avec tout son monde, sur la table numéro \ , c’est-à-dire cellela plus rapprochée du comptoir. La seule clarté qui vienne égayer le garçon de caféà son réveil, est celle du quinquet inextinguible qui veille toujours dans le labo-ratoire avec l’obstination du feu de Yesla. Quant à ces harmonies matinales, quisignalent le retour de la lumière, le garçon de café est tout à fait libre de prendrepour telles les cris du chat, ouïes sifflements aigus des serins de madame qui pres-sentent le passage prochain de la marchande de mouron.

Mais le piétinement du maître qui, à l’entresol, cherche scs bretelles et sa cravate,lait trembler le plafond. En un clin d’œil les matelas de tous les garçons sont en-levés. Ce travail demande peu de force, car ces petits meubles qui tiennent beaucoupdu silex pour la dureté, participent encore plus de la plume pour la légèreté de poids,l’out cela est jeté, pêle-mêle, derrière une vieille cloison, avec des queues de bil-lard au rebut, les arrosoirs d’été, des damiers cassés et l’antique comptoir que lePatron a jadis acheté avec le fonds. Les volets sont détaches, la laitière arrive, lechef descend de sa chambre avec un sac de monnaie sous le bras, madame songe à satoilette, les pains de beurre s’éparpillent dans des soucoupes, le garçon de fourneauallume son feu, toutes les abeilles de cette ruche sont en mouvement, l’heure duIravail a sonné. Après ce premier coup de collier, le garçon de café jouit, dansPresque tous les quartiers de Paris , de quelques instants de repos; en attendant lapratique, il arrache la bande des journaux et il étudie la situation des chosesdans le grand format, la littérature dans le petit. Assez généralement le garçonde café marche avec le gouvernement et la garde nationale eu politique; en liltéra-tore il est d’une force gigantesque sur la charade et le cours de la Bourse .

De huit heures à dix, les cafés au lail occupent entièrement le garçon. Cette pre-mière vente apporte peu de monnaie dans le tronc bronze et or du comptoir. Les dé-Jeuneurs au café se composent en général d’employés, de vieux garçons et de pro-'’inciaux logés dans les petits hôtels du voisinage. Ces trois espèces d’individus ontu ne foule de raisons toujours prêtes pour prouver l’utilité de l’économie. Le garçonde café tient à ces clients-la comme à un casuel certain, mais il est avec eux d’unePolitesse froide; il leur dit toujours que le Corsaire et le Charivari sont en main,lorsqu’ils prennent place devant la table de marbre, il n’a à leur service qu’untrès-léger coup de serviette. Il en donne deux pour le café avec un beurre, troisPour un café complet. C’est le tarif.

Mais, de midi à deux heures, le café noir, l’eau-de-vie, le rhum et le kirch absor-bent toute son attention , toute sa politesse. Les consommateurs de cette seconde pé-r tode de la journée sont doucement échauffés par le Chablis et le Grave que le res-laurateur du quartier leur a servis. Ce sont des citoyens dont l’unique métier est deJoyeusement vivre , ou bien des militaires qui se sont liés de cœur et d’âme au campde Compiègne, des commis-voyageurs qui ont fait avantageusement l’article à Reims ou à Sédan , des jeunes gens de famille qui se sont battus le matin, et à trente-cinq pas,avec des pistolets de poche. De pareils personnages paient sans compter, parce qu’ils