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LE GARÇON DE CAFÉ.
soiil heureux ; ils appellent le garçon « mon cher, » ils lui demandent du tabac et l’ana-lyse de l’analyse de la pièce nouvelle dont les journaux ont dû rendre compte. Quand ilsquittent le café, ils se tiennent immobiles une seule minute et, dans ce court espace ,le garçon les habille de leur paletot, manteau ou redingote, il les coiffe de leurchapeau, il leur met gants et canne a la main et il termine par une de ces révérencesqu’on ne saurait rencontrer autre part qu’a Paris . Ajoutez un peu plus de générositéd’un côté, un peu plus d’empressement de l’autre et vous aurez une idée exactedes rapports du garçon avec les consommateurs de café à l’eau après dîner.
Les mœurs, les habitudes, la toilette du garçon de café varient selon le quar-tier où il travaille. Au Palais-Royal, sur les boulevards, depuis la Madeleine jusqu’aufaubourg du Temple , dans une partie du faubourg Saint-Germain, le garçon de caféest élégant, aimable, attentif; la chemise de toile de Hollande ne lui suffit plus; Hy fait adapter une chemisette en batiste ; il change de tabliers comme on changede ministres ; de ses cheveux, toujours taillés à la mode qui vient de naître , s’exha-lent les odeurs les plus douces et, par conséquent, du meilleur goût; sa veste sevenge de n’être qu’une veste par la linesse de son tissu , par la grâce exquise de sacoupe ; ses mains sont fines , délicates ; il a du ventre le moins possible. Ce garçonde café-la n’emploie que des expressions choisies ; il lit dans de jolis in-18 dorés si»tranches et reliés en maroquin ; quand on se plaint à lui du café qu’il a servi, ülève les yeux au ciel, il soupire, il vous donne une autre tasse et vous apporte lamême cafetière en disant : — Cette fois, monsieur sera content ! — Si un habitueentre en bâillant ou en accusant une migraine ou des douleurs rhumatismales, I egarçon de café répliqué avec consternation : — Que voulez-vous? nous avons une s*odieuse température ! Monsieur prend-il du rhum?... Doué d’une imagination vive?d’un vaste amour-propre, de maux de nerfs, d’une grande flexibilité d’esprit, *l ctout ce qui constitue , enfin, l’homme infiniment civilisé, il prend les locutions?les manières, l’humeur des individus qu’il sert habituellement. Le garçon de café duboulevard Saint-Martin, un peu égrillard, parce que la Courtille n’est pas loin, affecte?cependant, des airs d’homme confortable. Il est extrêmement littéraire, parce qu’il ap-porte tous les jours des rognons a la brochette aux fournisseurs ordinairesde l’Ambigu ?de la Gaieté et de la porte Saint-Martin. Il sait sur le bout du doigt le nombre des repr®'sentations de Gaspardo et du Sonneur de Saint-Paul; il a l’honneur d’être tutoyopar quelques dramaturges, il vous dira tous les bons mots de M. Harel, il a parf edeux fois âmademoiselle Georges, et il prête souvent sa tabatière a Bocage. Le garçonde café du boulevard Saint-Martin est, surtout, policé depuis que les marchands i echevaux de la rue de Lancry sont allés faire leurs élèves aux Champs-Elysées .
Au café de Paris le garçon connaît tous les détails, toute la mise en scène d unecourse au clocher; il accable de son mépris un pantalon sans sous-pieds, un cba^peau de soie ; il exècre le bœuf bouilli ; Duprez commence a ne plus lui plaire, 1dit : aller en véhicule, au lieu de : aller en cabriolet et, dans ses jours de sortie, il uCfume que des cigares à quatre sous.
Jadis, le garçon du café Desmares était prodigieusement militaire. 11 connaiss? ^tous les officiers supérieurs de la garde royale , tous les on dit de la caserne d’Orsay