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Tome second.
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LE GARÇON DE CAFE.

(le Belle-Chasse. 11 a perdu cette couleur martiale, mais il est resté aristocrate. Il sou-pire, il s’ennuie. Comme le faubourg Saint-Germain, il attend.

Les garçons de café du quartier Latin ont aussi leur physionomie à part. Les écoles,la science, la chambre des pairs ont depuis longtemps façonné leur intelligence et leursgoûts. Ils sont de première force aux dominos.

Le café de Foy est l’établissement où le garçon fait le plus vite fortune; c’est,du moins, ce que l’on dit partout. Quoi qu’il en soit, il faut convenir que nulle partl’éducation de l’homme au tablier blanc n’est aussi parfaite. Le garçon du café deFoy, empressé comme celui du café Leinblin, coquet comme celui des boulevards, a,de plus qu’eux tous, un certain air de dignité, de politesse diplomatique qui annonceun contact plus fréquent avec la vraie bonne compagnie. Le garçon du café de F oy ne res-semble pas aux autres : il est tout a fait lui. Vous remarquerez, en entrant dans l’en-ceinte où il fonctionne, que toujours il est d’une taille élevée. On dit dans l’arron-dissement du Palais-Royal : « Grand comme un garçon du café de Foy. » Militairementparlant, on pourrait établir que les garçons de salle de Paris forment un bataillondont la compagnie de grenadiers est au café de Foy. Rien de plus modeste, d’ailleurs,que les lambris sous lesquels il sert les amateurs de café. Les dorures, les peintures,les glaces immenses, ne scintillent pas autour de lui ; le luxe ne peut pas lui mon-ter à la tète. Il va et vient dans une salle mesquinement décorée, soutenue par detristes piliers et chauffée par un poêle qui n’a rien de remarquable que son ampleur.Sous le rapport de la décoration, le café de Foy vit tranquillement, depuis des an-nées, sur la renommée d’une caille, peinte autrefois, par Carie Vernet,au plafondsur lequel elle vole encore a l’heure qu’il est. C’est une vieille maison de la bonneroche, où le garçon est toujours un homme choisi. 11 vient la tout jeune, il y gran-dit, il y blanchit. Il met toute sa vie entre ces vingt pieds carrés dans lesquels unpublic d’élite s’assied tous les jours. Ne pas confondre avec les fumeurs de cigaresqui, pendant l’été, entourent les tables du jardin : nous parlons de l’intérieur, et ilest bien convenu que, nous autres amateurs du tabac de la Havane, nous sommes desgens mal élevés.

11 y avait une fois un baron. Pauvre gentilhomme! il était bien à plaindre. Sonvieux castel de Bretagne avait été vendu comme propriété nationale; ses bons che-vaux de bataille avaient été tués dans les guerres de l’émigration; il avait mis sesdiamants en gage chez un juif allemand pour prêter de l’argent à un prince français

qui ne le lui avait pas rendu, selon l’usage. Il ne restait au baron de K.qu’une

rente de 1,200 livres et la liberté de vivre, que Bonaparte , premier consul, lui avaitfait expédier par la poste, dans un moment de bonne humeur. De retour a Paris ,

M- de K.avait sagement arrêté avec lui-même qu’il n’irait plus à l’Opéra, qu’il

ne jouerait plus au pharaon, qu’il achèterait un parapluie et qu’il mangerait chez ungargotier. Mais, quoi! le bon compatriote de BertrandDuguesclin n’avait pu renoncerà son cher café à l’eau après le dîner : il y tenait comme à sa croix de Saint-Louis,comme à son opinion politique. Brossé, ciré, propre comme un vieux soldat, il ve-nait tous les soirs au café de Foy prendre sa demi-tasse; c’était sa seule joie aumilieu des grandes joies de cette époque, où la France fêtait Marengo et le repos de