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Tome second.
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LU MAQUIGNON.

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son étonnement, changeul son allure, le cambrent, lui donnent de la souplesse etôu jarret. Vous êtes ravi, émerveillé, vous achetez l’animal, et vous vous frottez lesmains de joie d'avoir fait un aussi magnifique marché ; de son côté, le marchandn’est pas fâché de s’être débarrassé d’une bête dont il ne pouvait se défaire, et toutle monde est content. Le marchand de chevaux a un talent particulier pour rendre•in cheval beau à voir, pour lui arrondir comme par enchantement le ventre et laeroupe, il le nourrit de pommes de terre, de sou, de carottes, que sais-je? N’étantl>as maquignon, je ne puis vous le dire, et je le serais, que je vous le dirais encoremoins. Mais au bout de huit jours, cet embonpoint factice tombe, le cheval vousApparaît tel qu'il sera toujours entre vos mains, côtes saillantes, ventre fiasque,troupe anguleuse. 11 est ce qu’on appelle débourré. Le maquignon trouve toujoursmoyen de vous vendre son cheval le prix qu’il en veut. Si cet honnête industriel estde bonne humeur, et il l’est toujours avec ceux que son coup d’œil exercé lui révèletomme des acheteurs généreux, il fermera la bouche à toutes vos observations parsa plaisanterie insinuante. Habile à caresser vos faiblesses, il piquera votre amour-propre par sa brusque flatterie, ou fera sourire votre ennui par ses calembours d’é-eurie et son rire aussi bruyant que le claquement de son fouet. Il réfutera d’autantplus victorieusement toutes vos allégations, qu’il n’ignore rien de vosintentions cachées.Il sait si vous avez envie de son cheval, si vous en avez vu d’autres, où vous êtes allé,si vous avez un vétérinaire, et quel il es.t; il a des affidés, des espions, une haute po-lice partout : il met en œuvre un machiavélisme inouï de combinaisons. Si vous venezvisiter ses chevaux comme simple flâneur ou comme mandataire d’un ami, il ne seraplus le même; il vous toisera de la tête aux pieds comme pour vous dire que vousu’avez pas l’étoffe et l’allure d’un acheteur de chevaux ; il ne se donnera pas la peinede vous montrer lui-même sa marchandise, et vous laissera errer seul dans ses écu-ries. Heureux si votre curiosité ne vous vaut pas quelque morsure ou quelque ruade!Ibins la vie privée, le marchand de chevaux n’a plus cette douceur, ce mielleuxfie langage et de manières qu'il prodigue aux amateurs. Alors il est bourru, haut deverbe, grand jureur, mari brutal : il se croit toujours a l’écurie derrière ses che-vaux, gourmandant, criant, fouettant. S’il a des enfants, il les traite absolumentroinmc des poulains, les tient serrés, les fait manœuvrer avec la chambrière, et neles laisse pas faire une gambade sans sa permission. Il se refuse en général toute es-pèce de plaisir extraordinaire; il est bien dans son écurie; il y reste : c’est là sonMmosphère de prédilection, le milieu dans lequel il est le plus à l’aise ; il a garde des en séparer. Il est certain que dès qu’il en sort, ce n’est plus le même homme; il estemprunté, lourd, épais, il n’a plus la désinvolture qu’on remarque eu lui quand il setient fièrement devant un cheval, le fouet à la main. Il ne sait pas donner le bras às ou épouse : dans sa distraction, il irait presque jusqu’à la saisir par le cou ou lesépaulés; il ne comprend rien à ce qui l’entoure; il est dépaysé, désorienté : toutPour lui n’a qu’une odeur, celle du fumier; tout se résume en un seul objet, nueheval. Ou conçoit qu’avec cette idée fixe et tenace, les choses extérieures doivent«voir pour lui fort peu de charme et d’intérêt. Aussi no quitte-t-il guère ses pé-nales, c’est-à-dire ses coursiers, que pour aller à la recherche de nouveaux élèves.