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LE MAQUIGNON.
Alors il parcourt les provinces, assiste aux foires,et s’approvisionne de chevaux qu ilbaptise des noms qui lui paraissent se rapporter le mieux a leurs formes. Le Limou-sin lui fournira le cheval anglais , ou meme arabe ( pourquoi pas?); l’Alsace, laFlandre, la Normandie le mettront a même de satisfaire aux nombreuses demandesqu'on lui fait de chevaux banovrieus et mecklembourgeois; enfin, il trouvera aisé-ment toutes les races de chevaux européens, sans sortir de France . Et, au fait, nousautres Parisiens , nous sommes si bons enfants, quand il s’agit de chevaux, qu’il Y aplaisir et prolit à nous duper ; c’est une bénédiction. Pour peu qu’un cheval ait l’œilvif, la tête gracieusement pliée, et de l’entrain dans le jarret, nous le proclamonstout de suite de sang arabe ; pour peu qu’un autre ait les jambes fines, la tête mince, 1 ecorps svelte et allongé, nous crions au cheval anglais . Le marchand de chevaux nouseu donne comme nous en voulons; nous n’avons pas le droit de nous plaindre."
Quelquefois le marchand de chevaux, quand il est riche et en réputation, se per-met des promenades aux Champs-Elysées , dans une voiture plus ou moins bizarre,attelée de deux ou môme de quatre chevaux. Mais il a beau étaler des harnais splen-dides, et se faire accompagner de laquais en livrée, on le reconnaît sur son siègeélevé comme un second étage, a sa ligure enluminée, a sa forte membrure, a sesfaçons d’homme du métier. C’est bien pis encore, quand sa femme et une ou deuxamies forment la délicieuse partie de se faire voiturer ensemble. Leur morgue vul-gaire et boursouflée, qui ne doit durer qu’un jour, leurs manières triviales, leurcostume grotesque et mesquin, tout cela présêute un contraste bouffon avec le luxede bon goût et la riche simplicité des équipages qui les entourent, et égaie prodt'gieusement le beau monde heureux de trouver l’occasion de persifler quelqu'un clde railler quelque chose. Le cœur du marchand de chevaux est le moins sensible *I fitous les cœurs : en fait d’émotions, il est inexpugable. La douleur physique, pour l * 11aussi bien que pour les autres, n’est rien ; il ne conçoit pas qu’on puisse avoir l’ép 1 'derme plus délicat que celui des chevaux ; et, pour son propre compte, il en est con-vaincu ; car il n’en juge que d’après la rudesse coriace de sa peau. Aussi rit-il d ’ 1111rire superbe, en voyant notre douillette et dolente humanité donner le nom de mauxhorribles a ce qu’il 11e regarde pas même comme des contrariétés. Jamais on n’a sufpris une larme dans son œil ; et, en effet, les chevaux ne pleurent pas : s’il a de ladouleur, il la concentre si bien que personne ne s’en aperçoit, ou plutôtje crois qn’ell en’a pas prise sur lui. De l'a vient aussi son besoin de domination. Le marchand de ch®'vaux est plus autocrate dans l'empire de son écurie que Nicolas dans toutes les Itussies,sa mine haute impose à tous. 11 veut une soumission passive. Palefreniers, grooms,enfants, femme, cochers, chevaux, tout est mis sur la même ligne, et doit obensans plus d’observations et de raisonnements. Il ne fait que deux distinctions,11e voit chez lui comme partout que deux classes bien tranchées, ceux qui commau ■dent et ceux qui obéissent. Parlez-lui d’indépendance, de nationalité, de réformaélectorale, il vous rira au nez, et vous répliquera victorieusement qu’on aura beaufaire, retourner le monde en cent façons comme un gant usé, changer tous les dixans de gouvernement, on ne sortira jamais de ces deux classes, la classe dominant*'et la classe obéissante. Et il n’a pas si grand tort, ma foi! Au reste, en poliliq lK> >