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Tome second.
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LE MAQUIGNON.

est excessivement arriéré : il ne lit ni le National ni le Charivari : il est abonnéaux Petites-Affiches , feuille peu incendiaire. Sa politique est la politique du statuquo; que ce statu quo soit bou ou mauvais, peu lui importe, il n’y regarde pas de siprès. S’il tient des rênes, ce ne sont pas celles du gouvernement, et il n’est nulle-ment chargé de faire marcher le char de l’état. Et d’ailleurs, si par un hasard fortrare, il vient 'a parler politique, c’est pour se mettre en colère, et déclamer contre latrop grande douceur des formes représentatives. C’est un homme d'intimidation.Règle générale : un gouvernement qui aime bien, châtie bien : à ce comple-I'a,on peut dire sans flatterie que presque tous les gouvernements adorent leurs gouver-nés. Il voudrait qu’on menât les peuples la bride haute et avec un mors Secundo.Selon lui, c’est le vrai moyen de les rendre doux et d’humeur point révolutionnaire.Avec un système aussi excentrique, il risquerait fort de se prendre aux cheveuxavec les hommes les moins passionnés en politique, pour peu qu’il mît souvent sesopinions sur le tapis ; mais c’est l'a le plus mince sujet de ses préoccupations : il n’agarde de lancer son esprit dans des régions aussi éloignées. En général, il ne sesoucie que fort peu de ce qui s’adresse a l’intelligence humaine. En littérature,il ne sait pas â coup sûr ce que c’est que Victor Hugo , et il mettra le Contrat socialsur le compte de Chateaubriand. Sa bibliothèque se compose du livre de poste, dequelques bouquins sur l’art d’élever et de dresser les chevaux , et d’une richecollection de Mathieu Laensberg. Ne lui demandez rien de plus. De religion, il s’enoccupe encore moins que de tout le reste. Il a tout matérialisé, tout réduit a unpositif désespérant.

Mais le maquignon que nous avons peint jusqu’à présent, c’est l’homme domi-cilié, patenté, payant contribution, et tenant sa place dans la société autrementque par le volume de son ventre. Il y a une autre espèce de maquignon, le ma-quignon véritable et primitif, le maquignon brocanteur ; celui qui n’a pas de domi-cile connu, mais que l’on trouve partout où il y a un cheval à acheter. Celui-làn’est plus comme le marchand de chevaux une espèce de poussait aux jambescourtes, aux joues tombantes, à la face écarlate, marchant carrément, et pleind’une haute opinion de sa personne : c’est au contraire un homme fluet, sec,maigre , toujours courant, toujours trottant, ce qui nuit à l’embonpoint qu’il pour-rait retirer d’une digestion plus tranquille, et le rend efflanqué comme un lévrierde petite-maîtresse. Et en effet, il n’est pas de cheval d’Omnibus qui fasse plus dechemin, parcoure plus de rues, de quartiers que I e maquignon brocanteur. Toutesa vie n’est qu’une course sans lin. Chaque matin, son occupation première est deconsulter les Petites-Affiches : une fois ses renseignements pris sur les chevaux àvendre et à acquérir, il se met en route et va faire ses visites quotidiennes aux écu-ries indiquées : il examine le cheval avec confiance, lui ouvre la bouche pour savoirson âge, lui palpe les jambes pour vérifier s’il n’est pas affligé d'engorgements ou decrevasses, le fait tousser pour s’assurer qu’il n’est pas poussif ou fourbu ; et il répètela même opération à chaque nouvel examen. 11 s’introduit chez les personnes quivendent leurs chevaux, leur offre ses services, son expérience (et il s’y connaît, beau-coup trop quelquefois) ; pour elles, il n’hésitera pas à faire foutes les recherches né-