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Tome second.
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LE MAQUIGNON.

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imagination. Cependant, au point du jour, vous êtes prodigieusement étonné de re-cevoir la visite d’un individu de mise équivoque et d’aspect hétéroclite, qui s’avancevers vous après avoir décrit un certain nombre de courbes, et après s’être acquittéconsciencieusement de plusieurs salutations d’une politesse inconnue de nos jours.Vous faites asseoir l’aimable étranger qui,après un préambule captieux sur les inap-préciables qualités de la race chevaline, finit par vous offrir un très-beau cheval desang anglais qui a paru aux dernières courses, et a été acheté 5,000 francs; il vous lelaissera, mais pour vous seul, au prix de 600 francs. Vous commencez par tomberdes nues, et vous vous demandez comment cet homme, ange ou démon, a pu avoirconnaissance d’une idée vague que vous-même maintenant n’êtes pas bien sûr d’a-voir eue. Êtes-vous somnambule, et avez-vous été crier sur les toits que vous vouliezun cheval pur sang anglais? Ou bien, ce farfadet, invisible à l’œil nu, s’est-il glissé àtravers les fissures de votre porte, pour écouter quoi.. ? vos pensées : vous l’ignorez,et vous l’ignorerez probablement toute votre vie. Quoi qu’il en soit, vous éconduisezaussi adroitement que possible votre visiteur inattendu , et vous l'accompagnez jus-qu’au seuil de la porte dç votre appartement, autant par politesse que pour bienvous assurer qu’il ne vdus emporte par distraction ni une montre, ni un couvertd’argent. El c’est par des soupçons aussi injurieux que vous savez reconnaître sa pré-venance désintéressée !

Si le maquignon bi ocanteur connaît certains marchands de chevaux, et se trouvelié d’intérêts avec eux, alors sa clientèle s’étend et devient de plus en plus profitablepour lui. Le marchand de chevaux qui ne peut venir à bout de se défaire d’un che-val , s’entend avec le maquignon , et alors quel atroce guet-apens pour les malheu-reux acheteurs ne résulte-t-il pas de cette conspiration à huis-clos, entre ces deux Ma-chiavels d’écurie? Le cheval invendable est mis en maison bourgeoise ( terme usité enpareil cas), dans une écurie louée à cet effet. 11 est annoncé sur les affiches commeappartenant soit à un gentilhomme étranger sur le point de partir pour l’Orient, soita un agent de change obligé de s’enfuir en Belgique , etc. Le thème varie suivantl’imagination du maquignon , et il en a toujours infiniment. Pendant ce temps, ce-lui-ci fait mousser l'animal qui ne tarde pas à trouver un maître. C’est ordinaire-ment quelque commerçant en détail, retiré des affaires, qui s’abandonne aux vo-luptés d'une demi-fortune, et veut avoir le noble coursier au rabais , tout commeun mouchoir de poche et un bonnet de coton.

Tous ceux qui ont ou font semblant d’avoir la passion des chevaux, passion aussiinnocente que ruineuse, subissent directement ou indirectement l’importante en-tremise du maquignon. Le dandy improvisé sur lequel vient de tomber un gros hé-ritage , et qui, dans le premier vertige de la fortune, veut avoir le plus beau chevalde Paris , jette l’or au maquignon, qui se baisse très-lestement pour le ramasser, etlui procure bientôt ce qu’il demande : un animal d’une apparence superbe, au poilbrillant, ’a la robe bizarre, à la tête raide et toute d'une pièce, dressé parfaitement ase tenir cambré comme ces chevaux de carton qui servent de montre chez les sel-liers. Peu importe le reste, c’est-à-dire justement le plus essentiel. L’agent, de changenui use un cheval en six mois s’adresse, lui aussi, au maquignon : celui-ci, dans le